mercredi 5, jeudi 6 et vendredi 7 octobre 2005 à Nancy
Nous sommes le 10 septembre 2010 - mis à jour : 9 octobre 2006

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Intervention de Marc Slyper, Fédération CGT du spectacle et de ses syndicats,
En clôture du ForuMa : Nancy, 7 octobre 2005

Tout d’abord, permettez-moi de remettre l’artiste et le musicien au cœur des musiques actuelles. Trop souvent nos débats ont tourné autour de l’accompagnement, du développement, de l’émergence. On sentait l’artiste, le musicien, le créateur, bien entourés mais nous préférons, nous, parler de l’acte de création, de sa production et de sa diffusion. C’est en professionnalisant le secteur que nous répondrons aux enjeux qui nous sont posés : la diversité de la création et les moyens donnés à sa production et à sa diffusion. On a parlé de filière, de secteur, de sous-secteur, entrons dans les détails.

Concernant la taxe fiscale sur les spectacles perçue par le CNV (Centre national de la chanson, des variétés et du jazz) 53 % de cette taxe proviennent de 20 entreprises, cela représente des milliers de concerts, le reste provient de milliers de salles, de structures, d’associations, ce qui représente des dizaines de milliers de concerts avec des réalités économiques totalement différentes, mais aussi des dizaines de milliers de spectateurs - les publics - et une diversité de création époustouflante. C’est tout cela qui est notre secteur, tous y participent.

Concernant le disque, si 60 % des productions proviennent des majors et 40 % des indépendants, recensés par l’UPFI (Union des producteurs français indépendants) il existe aussi des milliers de disques autoproduits et vendus aux sorties des concerts. C’est cela aussi l’ensemble de notre secteur dans sa diversité mais qui fait aussi preuve de la richesse et de la diversité de notre création musicale et, à ce titre, trop souvent on entend dire que les prises de risques concernent les seuls grands « producteurs » de phonogrammes ou de spectacles. La réalité est tout autre. A tous les niveaux de la filière, du plus petit groupe autoproduit, du plus petit projet artistique, aux disques, aux CD, vendus à des centaines de milliers d’exemplaires ou à la production scénique rencontrant des centaines de milliers de spectateurs, il y a prise de risques. Alors oui, nous voulons bien parler de filière en tenant compte de ces réalités diverses.

À cet instant, il nous faut aborder le rôle déstructurant des grands médias, radios et télévisions, qui profitent de leurs positions dominantes pour décider de l’exposition de la création artistique mais qui se dotent d’un rôle de production, de diffusion, d’édition, voire d’organisation de spectacles gratuits, sans que la diversité de la création artistique ne soit exposée.

Monsieur le Ministre, vous êtes à la fois Ministre de la culture et de la communication, ce sujet-là est un des gros dossiers à régler.

On a parlé de structuration du secteur, soyons clairs. Au regard de la richesse de la création de notre secteur il n’y aura jamais assez de producteurs de spectacle vivant ou de disques, jamais assez de manageurs et donc nous aurons, et c’est une des garanties de la diversité culturelle, à faire face à des entreprises de spectacles, à des labels de taille et de poids économique totalement disparates. Que ce soit des SA, des associations, des structures d’autoproduction, il nous faut revenir aux fondamentaux autour des métiers qui partent de la création - avec au cœur les artistes et les musiciens -, de la production, de la diffusion, de la gestion et de l’animation de salles de toute taille, des festivals. Afin de garantir cette professionnalisation mutualisons les moyens, regroupons les toutes petites structures, afin de garantir à la création dans sa diversité les moyens de sa production et de sa diffusion.

Oui, il nous faut professionnaliser, structurer, et les formations professionnelles que nous devons organiser tournent autant autour des formations professionnelles artistiques et techniques qu’à former les responsables et les salariés de toutes les entreprises des musiques actuelles. C’est d’ailleurs le bilan du colloque organisé par le CNV sur les formations administratives qui nous amène à dire que ce n’est pas uniquement les entrants dans ces métiers qu’il faut former, mais trouver des dispositifs de formations appropriés à ceux qui sont déjà dans le métier.

Le CNV, la CPNEFSV et l’Afdas vont élaborer un cahier des charges pour répondre à ces exigences de formation.

N’oublions pas que le secteur, la filière des musiques actuelles, est un des grands générateurs de richesse pour notre pays : retombées économiques des festivals (70 % : musiques actuelles), achats d’instruments, de chaînes d’amplification... C’est pourquoi nous parlons de rééquilibrage des budgets de l’intervention de l’Etat, et notamment de son rôle de régulation public/privé, mais aussi d’impulsion tout comme du rôle des collectivités locales et territoriales.

Notre secteur n’est pas un instrument de la lutte contre la fracture sociale, il est un des éléments de la démocratie culturelle, élément indispensable à la démocratie tout court. Et là il s’agit de garantir l’accès pour tous aux musiques actuelles et la socialisation de pratiques artistiques musicales, qu’elles soient en amateurs ou professionnelles. Alors la question du rééquilibrage du budget de l’Etat n’est pas d’aller chercher à côté des moyens mais de donner des budgets nouveaux, ce qui pose très concrètement la question de l’adoption d’une loi d’orientation et de programmation pour la culture où les musiques actuelles prendront toute leur place.

Sinon nos débats pourront toujours avancer mais nous ne répondrons pas aux grands enjeux qui nous sont posés et qui sont les garants de la diversité de la création artistique et de la prise en compte des artistes interprètes de la musique qui en sont l’âme.

Marc Slyper


Retrouver le discours en téléchargement ICI





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