ForuMa - Nancy 2005
Synthèse de :
l’atelier 16 : Les enjeux de l’observation dans les musiques actuelles
Chaque atelier de débats a été :
préparé par l’animateur du forum en ligne : Cédric Couture
animé par le modérateur : Alex Dutilh
synthétisé par : Bertrand Krill
Synthèse de l’atelier 16 :
Les enjeux de l’observation dans les musiques actuelles
Avertissement : certains éléments de terminologie utilisés dans la suite ne sont pas forcément satisfaisants pour les rapporteurs, qu’ils soient trop jargonnesques, galvaudés, pompeux. On ne leur a cependant pas cherché de meilleurs équivalents, pour des raisons pratiques, et parce qu’ils sont d’usage devenu commun, donc pratiques.
Les Participants
Une quarantaine, représentant les quatre catégories concernées par l’observation :
acteurs de terrain, essentiellement lieux de diffusion de musiques actuelles ;
organisations professionnelles : Fédurok, FSJ, Férarock, Snep ;
centres de ressources et/ou d’observation existants ou en cours de constitution : Arteca, Observatoire des musiques actuelles, Irma, Onda, Observatoire de la culture en Aquitaine (en cours), Pôle musiques actuelles en Pays-de-Loire, Opale ;
administrations des collectivités publiques (communes, départements, régions, État) : Ville de Lyon, ADDM 53, Conseil Régional d’Aquitaine, DMDTS.
À quoi s’ajoutait un étudiant thésard en sociologie, représentant à lui seul cet Observateur par essence qu’est l’Université.
Les points de consensus
Des interventions se dégagent quelques constats communs à tous ceux qui interviennent à un titre ou l’autre dans le champ de l’observation du secteur socio-économique des musiques actuelles.
1. L’observation est, et doit se contenter d’être, un outil d’aide à la prise de décision et à la réflexion prospective, outil nécessaire à tous et à chacun.
Ce constat sonne comme le cadre de référence de toute « observation », pour quiconque s’inscrit dans un processus d’observation collectif, dans le secteur des musiques actuelles comme dans celui des arts et de la culture en général. Chaque mot de ce préambule est essentiel, et vaut en fonction des autres : que l’un manque, et l’observation qui se fait sans lui devient au mieux non pertinente, au pire intolérable à ceux qui en font les frais.
2. Les nombreux efforts faits depuis quelques temps en matière d’observation de la socio-économie du secteur des musiques actuelles (et de la culture en général), l’accélération qu’ils connaissent ces derniers temps, sont louables mais souffrent (le mot est faible) de leur dispersion.
De nombreuses sources de données chiffrées précises, détaillées, fiables, sur certains aspects quantitatifs importants (chiffres d’affaires, types de musiques, fréquentations, données sociales...) existent, mais sont mal, peu ou pas du tout exploitées (sociétés collectrices de droits, organismes sociaux...).
Le caractère désordonné, hétérogène, ponctuel (dans l’espace ou dans le temps), non concerté, des observations menées, parfois à grande échelle et avec des moyens importants, non seulement limite considérablement leur efficacité et leur utilité, mais aussi leur ôte peu à peu de leur crédibilité, et risque de les rendre de moins en moins acceptables par les acteurs de terrain : sans leur collaboration active, toute observation ne peut être qu’incomplète et aboutir à des conclusions inadaptées à la réalité.
Ces deux points essentiels pour construire et améliorer l’observation font consensus.
Néanmoins les besoins et les attentes exprimées par chacune des catégories d’acteurs restent disparates, parfois sensiblement divergents : les administrations cherchent à justifier auprès des élus qui votent leurs budgets le bien-fondé de leurs pratiques d’intervention, les organisations professionnelles ont besoin d’arguments pour leur action collective, les acteurs de terrain cherchent une certaine lisibilité de leur activité et de son évolution...
Les questions qui se posent
La disparité des besoins exprimés se cristallise sur quelques thèmes.
L’importance relative des aspects quantitatifs et qualitatifs observés : la pertinence des premiers dépend tout de même grandement de l’éclairage que peuvent leur donner les seconds.
Le lien, voire la chaîne logique qui peut apparaître entre observation, évaluation et contrôle : il est important de prendre garde aux dérives, elles aussi décrédibilisantes d’une observation qui se doit d’être autant que possible objective et neutre.
Les rapports entre observé, observant et observateur : dans l’ensemble, l’observé veut bien participer au mouvement (et, encore une fois, cette participation est indispensable à la qualité du travail effectué) à condition de pouvoir lui aussi s’observer lui-même, et aussi observer son observateur.
Pour que ces questionnements ne deviennent pas de vrais problèmes, freins à l’observation que tous appellent de leurs vœux et tentent de mettre en place, il faudra rapidement parvenir à faire travailler ensemble tous les acteurs concernés, et se donner les moyens, chacun à son niveau, de mettre en application les résultats de cette concertation.
Les préconisations
1. Concertation de tous ceux qui sont appelés à intervenir dans le cycle de l’observation socio-économique sectorielle.
En amont :
il faut en priorité définir un corpus commun de données observables à observer : trop souvent, le même mot ne désigne pas la même chose selon celui qui l’utilise ; trop souvent, celui qui pose la question n’a aucune idée de ce qu’il faudra faire pour trouver la réponse ; trop souvent, le schéma des problèmes qui se posent à l’observateur ne correspond pas à celui qui organise l’activité de l’observé... ;
il faut ensuite constituer des méthodes coordonnées, sorte de standards qui pourront être utilisés de la même manière, avec les mêmes bases de données, les mêmes éléments d’observation, les mêmes types d’agrégats, selon les niveaux, les lieux et les temps où l’observation va être pratiquée ;
il faut enfin se répartir les tâches entre les différents niveaux où l’observation va se faire, les informations nécessaires à une ville n’étant évidemment pas du même ordre que celles dont a besoin l’État, ou la profession, mais toutes devraient pouvoir rester cohérentes et agrégeables.
En aval :
les données recueillies et leur exploitation doivent être largement publiées et débattues en toute transparence avec les observés ;
le travail d’observation doit être lisible et d’utilité pratique pour les acteurs de terrains qui fournissent l’information (ce qui représente un coût non négligeable, ne serait-ce qu’en temps passé là plutôt qu’à travailler à son activité), et restent, au fond, comme observés, les garants de la qualité de l’observation.
2. Mise en place des moyens humains et matériels indispensables : une bonne et utile observation doit se faire dans la durée (une donnée quantitative immédiate est forcément incomplète et manque sinon de fiabilité du moins d’utilité pratique, alors que son évolution dans le temps est forcément significative, et pertinente pour la prise de décision « politique »). Chaque niveau d’intervention dans le cycle de l’observation doit pouvoir disposer des moyens humains (recueil de l’information, interprétation) et techniques (traitement des données) que cela exige.
Il est à noter cependant que la mise en place de ces moyens ne doit en aucun cas se faire aux dépens de l’activité observée elle-même, ou de manière disproportionnée par rapport aux moyens dont elle-même dispose.
Retrouver la synthèse en téléchargement ICI