ForuMa - Nancy 2005
Synthèse de :
l’atelier 13 : Les réalités de l’indépendance
l’atelier 14 : L’exposition des œuvres et des initiatives
Chaque atelier de débats a été :
préparé par l’animateur du forum en ligne : Rémi Bouton
animé par le modérateur : Romain Berrod et François Millet
synthétisé par : Aymeric Pichevin
Synthèse de l’atelier 13 et 14 :
Les réalités de l’indépendance
L’exposition des œuvres et des initiatives
La thématique transversale de ces deux ateliers était l’indépendance, indépendance de structures appartenant à des mondes aussi variés que le disque, la radio ou la scène. Il s’agissait de dresser un état des lieux des besoins de ces structures qui sont porteuses d’une part importante de la diversité musicale, un état des lieux qui semblait crucial au vu des changements drastiques qu’entraîne l’adoption d’Internet et de la téléphonie mobile dans le secteur.
Les acteurs présents relevaient souvent d’une forme assez artisanale et entièrement assumée de leur travail. Une définition transversale de l’indépendance a assez facilement fait consensus : quelle que soit leur activité, les intervenants ont défini leur indépendance par leur liberté artistique totale, sans contrainte de rentabilité ou d’audience.
Cette liberté a généralement un prix, c’est-à-dire que la plupart des acteurs qui se sont exprimés ne peuvent subsister uniquement sur leur activité propre : les radios associatives bénéficient d’aides, les labels ont généralement d’autres activités que la seule musique enregistrée. Un label déclarait même que seuls 10 % de son chiffre d’affaires provenaient du disque, le reste, de services comme le pressage.
On se retrouve donc dans un monde qui ne se considère ni comme relevant du secteur public, ni tout à fait du secteur privé, certains revendiquant presque un travail de mécénat, non seulement pour faire exister des musiques non rentables selon les seuls critères du marché, mais aussi pour favoriser l’émergence de nouveaux talents.
Ces structures font d’ailleurs preuve d’une grande lucidité sur leur action et acceptent d’évoluer dans un système D plus ou moins poussé pour poursuivre leur travail de défricheurs de talents. Elles ont néanmoins exprimé des besoins urgents pour pérenniser leur activité.
Des besoins précis
La distribution
En ce qui concerne la musique enregistrée, la distribution reste la difficulté principale, l’immense majorité des labels indépendants ne gérant pas eux-mêmes leur distribution et éprouvant de réelles difficultés à accéder au public.
La plupart ont mis en place des solutions parallèles de vente directe au public, à la sortie des concerts ou sur leur site Internet ; mais afin de pouvoir mieux exister, de plus en plus souhaitent mutualiser leurs efforts. Si chaque label vend sa musique sur son propre site, l’abondance de l’offre perd le public.
De nombreux labels souhaitent donc monter des plates-formes communes de ventes de CD en ligne. Des initiatives ont déjà été lancées, comme le site CD1D, qui regroupe 7 indépendants et est appelé à en accueillir beaucoup plus.
Mais pour pouvoir continuer à développer ce type d’outils collectifs, plusieurs indépendants ont effectué une demande assez précise de soutien régional, pas forcément sous forme d’argent, mais par exemple sous la forme de mise à disposition de serveurs plus puissants, de bande passante, de capacités de stockage. Ils ont également fait état de besoins en terme de services, notamment d’aide à la gestion, et en terme de formation. La prise en compte de la nature économique de leur activité par les régions est apparue comme un élément crucial dans cette perspective.
La scène
Du côté de la scène, les entrepreneurs de spectacles se sont vivement préoccupés du risque de voir arriver en France des entreprises multinationales qui acquérraient un ensemble de salles sur le territoire. Pour ne pas le nommer, le danger du moment s’appelle Clear Channel, qui s’implante actuellement en Europe. Cela soulève de réelles inquiétudes de la part du monde du spectacle, qui craint de voir une situation de concentration se développer et en appelle aux institutions pour éviter une situation néfaste pour la diversité culturelle.
Les radios associatives
Les radios associatives se sont quant à elles inquiétées d’une éventuelle disparition du Fonds de Soutien à l’Expression Radiophonique, qui peut représenter un tiers de leur budget. Les radios se préparent au virage du numérique. La diffusion Internet est devenue une réalité pour un certain nombre d’entre elles, et le mouvement s’accélère. Les radios associatives comptent continuer à jouer leur rôle de prescripteur dans le monde de la radio numérique de demain.
Un retard à combler dans l’adoption du numérique
D’une manière générale, les indépendants du secteur musical entrent dans l’ère numérique avec retard par rapport à de plus grosses structures, mais ils sont tout à fait conscients de l’importance vitale de bien négocier la transition technologique en cours.
Internet permet déjà une meilleure circulation des œuvres, en terme d’exposition et de distribution, mais les indépendants de la musique enregistrée ou de la radio n’ont pas encore vraiment exploité le potentiel des nouvelles technologies.
Internet et la téléphonie mobile offrent de nouvelles opportunités tout en brouillant les pistes, notamment entre la diffusion et la distribution qui tendent à se confondre. De plus, face à une offre extrêmement abondante, il devient difficile de capter l’attention du public. Alors que les grosses structures sont maintenant en marche dans le processus d’adaptation au numérique, les plus petits labels ont besoin d’un accompagnement pour mettre en place des stratégies adaptées, en terme de promotion en ligne et de distribution.
Il est capital d’aider les indépendants à entrer dans l’ère numérique. Il y a un besoin de conseil et d’information. Dans le domaine de la vente de sonneries mobiles par exemple, certains intervenants ont fait état de vraies réussites - à leur échelle - alors que l’on considère généralement que la vente sur mobile concerne uniquement quelques titres du Top 10.
Les nouveaux produits et services disponibles en ligne sont très nombreux, les indépendants se sentent un peu perdus face à cela et ont besoin de conseil pour décider de stratégies à adopter. Il y a également un besoin d’outils, comme par exemple des capacités de micropaiement pour pouvoir mettre ces choix en pratique.
Malgré des préoccupations parfois différentes, on peut sentir une envie de plus en plus forte de collaboration entre les différents acteurs indépendants : maisons de disques, tourneurs, producteurs de spectacle ou médias indépendants souhaitent intensifier leurs relations pour préserver leur autonomie et ainsi pouvoir continuer à faire vivre les musiques qu’ils défendent.
Retrouver la synthèse en téléchargement ICI