mercredi 5, jeudi 6 et vendredi 7 octobre 2005 à Nancy
Nous sommes le 9 septembre 2010 - mis à jour : 9 octobre 2006

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Synthèse "L’Artiste dans les musiques actuelles"
Synthèse des ateliers 5, 6 et 7

ForuMa - Nancy 2005

Synthèse de :
-  l’atelier 5 : Les pratiques en amateurs : évidence ? chance ou problème ?
-  l’atelier 6 : Les processus de création/production artistique (scène et supports enregistrés)
-  l’atelier 7 : Faire « carrière » dans la musique : les trajets et parcours professionnels

Chaque atelier de débats a été :
-  préparé par l’animateur du forum en ligne : Mathias Millard
-  animé par le modérateur : Cécile Bonthonneau et Alain Osowski
-  synthétisé par : Mathieu Lambert


Nous avons débattu de la place de l’artiste en trois ateliers : les pratiques amateurs ; l’artiste et les processus de création ; l’artistes et les trajets professionnels.

Où l’on voit une pyramide se dessiner avec en bas une masse d’amateurs plus ou moins éclairés, au milieu une foule de créateurs, et en haut seulement une toute petite partie « professionnelle », c’est-à-dire qui en vit.

Quelle que soit sa place dans la pyramide, le maître mot revenu sur tous les débats est « accompagnement » : accompagnement, conseil, aide, management.


Synthèse de l’atelier 5 :
Les pratiques en amateurs : évidence ? chance ou problème ?

Evidence ?
Pas pour tout le monde : une partie de la profession a des difficultés de conceptualisation de l’amateur, quand elle ne va pas jusqu’à nier leur existence même : un amateur ne serait qu’un professionnel en puissance. « Les amateurs n’existent pas » a même été prononcé une fois. Le syndicat CGT a rappelé l’ordonnance de 1953 qui précise les différences entre amateur et professionnel, mais plusieurs ont aussi dénoncé ce texte comme « caduque » (cf. la contribution « De la définition des pratiques »).
Les professionnels n’arrivent donc pas à définir les amateurs clairement. La différence profonde, entre un professionnel qui cherche à vivre de son travail, et un amateur qui par nature ne peut prétendre en vivre, est-elle insurmontable ?

Chance ?
Il a pourtant été dit que ce vivier de talents, nombreux et vivant (une personne sur deux pratiquerait un instrument de musique, un jeune de moins de 25 ans sur 2 met la musique en tête de ses loisirs) constituait un énorme réservoir de créateurs.
Et pour renverser la pyramide, que « le professionnel est l’exception » dans un secteur où « il n’y a pas de place pour tout le monde ».

Problème : comment innover ?
Un parallèle a été fait plusieurs fois avec le sport où le législateur met à disposition stades, pistes et équipements pour les pratiques sportives amateurs. Pourquoi ne pas imaginer la même chose avec la musique ?

L’ensemble de la profession se retrouve pour dire l’importance de développer les pratiques instrumentales amateurs (et, de fait, l’éducation artistique), et la création musicale amateur. La profession est beaucoup plus circonspecte et divisée quant à la diffusion des créations. Sur la présomption de salariat, « comment répondre à la forte demande de diffusion amateur sans se mettre en porte-à-faux avec un cadre légal qu’on trouve par ailleurs légitime ? ». Le texte de la DMDTS ouvre une brèche dans ce cadre en permettant de ne pas payer un groupe en fonction de certains critères : concert à but non lucratif, plafonnement du nombre de fois dans l’année. Il est jugé confus par certains, mais il a le mérite d’ouvrir le débat sur un problème crucial.

En amateur, la pratique n’a pas d’autre enjeu que la création : pas de stress lié à des résultats commerciaux. Donc, à un moment où l’industrie musicale se recroqueville sur une rentabilité à court terme, soutenir les pratiques amateurs c’est parier sur le long terme, c’est faire émerger les talents de demain.

Comment soutenir ?
Il a été dit la difficulté de la prise en charge des amateurs. Il faut innover en cherchant des dispositifs à la croisée de l’éducation populaire et de l’action culturelle :
-  créer des espaces d’échanges ;
-  créer un maillage de lieux de répétition avec des personnels formés à l’accompagnement ;
-  soutenir les petits lieux ;
-  favoriser le regroupement des artistes amateurs (clubs - associations) ;
-  faciliter la diffusion ;
-  idée d’une taxe sur les équipementiers.


Synthèse de l’atelier 6 et 7 :
L’artiste et les processus de création
L’artiste et les trajectoires professionnelles

Les deux ateliers ont tourné autour des mêmes sujets, à savoir :
-  Comment l’artiste s’y retrouve dans la multiplicité des processus de création qu’il a à sa disposition (scènes, supports enregistrés, nouveaux moyens de création), et la foule d’acteurs et de dispositifs qu’il a dans son entourage (tourneur, éditeur, producteur, sociétés civiles, etc.) ?
-  Comment émerger, mais surtout comment durer ? Car « faire carrière » signifie surtout « durer ».

1. De l’importance de l’accompagnement

Après un débat sur « la création pure existe-t-elle, ou bien s’incarne-t-elle fatalement dans des objets ? », et au-delà de l’idée romantique de l’artiste en création, le débat a insisté sur l’importance de l’encadrement de l’artiste.

Mais qu’est-ce que l’accompagnement :
-  de la formation ?
-  du management ?
-  du conseil ?

Un vif débat a eu lieu sur la capacité des artistes à se prendre en main, à se débrouiller tout seul :
-  sont-ils trop assistés ?
-  sont-ils trop attentistes alors qu’ils ont la chance d’être dans un pays qui fait tant pour leur création ?

D’où il ressort que :
Il faut prendre en compte l’existence de gens qui travaillent pour aider les groupes, il est indispensable de valoriser le travail d’accompagnement, de le faire connaître notamment des institutions pour qu’elles le reconnaissent (notamment au niveau local).

Faire accepter l’idée qu’aider les processus de création et consolider les parcours professionnels c’est créer de l’économie. Reconnaître une vraie place au manager, dans des cadres et des obligations, apparaît être un grand chantier aujourd’hui.
Voir les propositions concrètes faites par le Prodiss et MMFF qui sont à lire sur le site du ForuMa.

2. De l’importance cruciale de la formation professionnelle

Tant pour les personnels d’accompagnement et les managers, que pour les artistes eux-mêmes, la formation professionnelle apparaît indispensable pour inscrire une carrière dans la durée. Pour se renouveler, s’enrichir, évoluer, on ne fait pas l’économie à un moment donné de formation professionnelle.

Il a été dit aussi l’importance de la transmission des expériences entre artistes.

Si l’accompagnement concerne le travail de repérage et d’insertion professionnelle des artistes, la formation professionnelle concerne la professionnalisation technique des artistes.

À l’heure où la société demande à tous ses actifs une formation continue pour s’adapter en permanence aux changements techniques, l’artiste, encore à l’avant-garde, est depuis toujours engagé dans des processus de renouvellement et d’apprentissage tout au long de sa carrière artistique.


Retrouver la synthèse en téléchargement ICI







Réaction

L’amateur... en question...
20 octobre 2005, par Modérateur

Comme le prouve son compte-rendu, l’atelier sur les « amateurs (pratiques en) » n’a pas échappé aux postures attendues et réductrices. Dommage.
Pouvait-il en être autrement ? Certainement pas tant qu’on ne se sera pas, une bonne foi pour toutes, retiré de l’esprit la vision d’un continuum plat « amateur/pro » qui n’offre que la possibilité de batailler sur le déplacement de sa frontière.

Reprenons donc les choses dans le « bon sens ».
L’amateur est avant tout « celui qui aime », platitude malheureusement évacuée par des années de politiques culturelles centrée sur le « Répertoire » et ses avatars (« L’Œuvre », « La Création » et autres « Excellence artistique »...).

De fait, la posture de « Démocratisation » qui prévaut encore pour toutes ces politiques nie non seulement la capacité de chacun à faire exister ses propres choix, mais surtout le principe même du fait de « se cultiver », processus multiple et divers d’appréciation personnelle : une expérience singulière de la forme collective !
Ainsi peut-on se contenter de ne considérer que « l’objet », prêt à le réduire à sa vocation de marchandise bornée par sa valeur marchande ou sa cote muséographique. Une fois ceci posé, tout le monde aura bien compris qu’il n’y a là qu’affaire de « spécialistes » qu’il s’agisse d’industrie culturelle ou d’expert patenté.

Au mieux, reconnaîtra-t-on que ce processus peut être considéré à condition de l’infantiliser dans un principe « d’éducation artistique »... dont on s’accordera aussitôt à dénoncer la pauvreté. Les amateurs, « sauvageons » de l’art, ne seront donc que des « publics » ou des « consommateurs ». Gardez votre passion, seul votre argent m’intéresse.
De fait, ils en ont de l’argent ces amateurs : discophiles, collectionniste et autres fétichistes... et, tant qu’ils payent, on les laissera composer leurs propres réseaux affinitaires dans l’indifférence générale des milieux artistiques et de leurs politiques. Ça pourrait être peer, on pourrait vouloir les mettre en prison au titre de la richesse de leurs échanges.

Et, pour compliquer la chose, voilà t’y pas que nos amateurs se mettent à tellement assumer leur passion qu’ils débordent leur cadre d’apparente passivité pour en faire des pratiques. C’est bien loisible, on en fera des sportifs et tout le monde sera content. Pas besoin d’inverser la pyramide.
Comment ? Ils prétendent qu’il s’agit de pratiques artistiques. Ah non, là, pas d’accord. On touche à un domaine réservé. Dites leur plôme et professionnalisez les meilleurs, il est hors de question de laisser ces hordes reconfigurer notre patrimoine.

Voilà comment on en a fait des « concurrents », alors que ce que leur « émergence » incarne est bien plus un dépassement : la recherche de nouveaux espaces d’échanges, voire de rendre plus nette leurs nouvelles formes de circulations culturelles. Là, on n’est déjà plus sur le terrain de la « création », mais sur de nouveaux modes d’appropriation. Ceux-là ne sont pas des « concurrents », ils se contentent simplement de rendre visible ce processus, d’investir ce champ de la réception et de l’investissement artistique que les politiques culturelles ont bien eu le tort d’occulter jusque-là.
Pas très professionnel tout ça, si on se met à se cultiver n’importe comment maintenant...

Spoehk




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