ForuMa - Nancy 2005
Synthèse de :
l’atelier 3 : Peut-on intégrer la dynamique d’émergence dans la durée ?
l’atelier 4 : L’emploi, l’animation et la formation des équipes
Chaque atelier de débats a été :
préparé par l’animateur du forum en ligne : Arthur Gautier
animé par le modérateur : Thierry Duval et Philippe Audubert
synthétisé par : Marie-Christine Bureau
Synthèse de l’atelier 3 :
Peut-on intégrer la dynamique d’émergence dans la durée ?
Après une discussion sur la notion d’émergence (parle-t-on de l’émergence d’artistes ? de courants musicaux ? du secteur dans son ensemble ?), l’atelier a fait ressortir les points suivants :
Le secteur des musiques actuelles a maintenant une vingtaine d’années, ce n’est donc plus à proprement parler un secteur en émergence. En revanche, après une phase de structuration rapide, il traverse une période charnière de son histoire. La génération des fondateurs, confrontée à une forme d’institutionnalisation, s’interroge alors sur le développement durable du secteur :
comment échapper au risque d’endormissement, rester à l’écoute de ce qui émerge aujourd’hui, à l’écart des lieux institutionnels ?
comment offrir aux artistes et aux courants émergents d’autres perspectives que la commercialisation à outrance ?
comment s’organiser pour durer tout en restant vivant et en éveil ?
L’atelier a posé cette question en termes d’écosystème : il y a un équilibre écologique à trouver entre des structures parvenues à des degrés très divers de reconnaissance institutionnelle. La tendance actuelle à la création de gros équipements ne résout pas le problème de l’émergence, elle ne suffit pas à assurer l’irrigation du territoire.
Il en ressort que les structures les plus visibles ont des responsabilités à l’égard de leur environnement. Plusieurs dimensions de cette responsabilité ont été envisagées :
l’autolimitation (évoquée aussi lors de la conférence « Economie plurielle ») pour éviter de concentrer une trop grande part des crédits publics ;
la négociation auprès des pouvoirs publics pour obtenir des financements dédiés à l’accompagnement des artistes ;
la participation des acteurs associatifs locaux à la gestion des équipements.
L’enjeu est d’organiser un secteur qui permette l’inscription des carrières artistiques dans la durée et ne soit donc pas orienté vers la rentabilité à court terme. Certains parlent à cet égard de « tiers secteur » alternatif, dans le but d’éviter le double risque de formatage : par l’industrie du disque d’une part, par les institutions publiques de l’autre.
Plus précisément, l’organisation de ce secteur suppose d’imaginer différentes formes de redistribution afin que l’émergence ne reste pas une réalité purement individuelle mais qu’au contraire, les « émergés » puissent « renvoyer l’ascenseur » :
la transmission des savoirs via les centres de ressources, les formations, les lieux de rencontre, etc.
la redistribution et/ou la mise en commun de moyens techniques et financiers.
À cette fin, l’organisation de rencontres régulières entre les professionnels et la structuration des réseaux constituent des préalables essentiels à l’élaboration de formes concrètes de mutualisation.
Synthèse de l’atelier 4 :
L’emploi, l’animation et la formation des équipes
Les débats ont mis en évidence les limites du recours intensif aux contrats aidés pour l’emploi. Si ceux-ci ont joué un rôle indéniable dans la structuration du secteur, ils ne constituent pas une solution durable : les professionnels ont besoin de recruter sur des critères de compétences, non sur des critères d’éligibilité aux dispositifs publics. Il devient donc de plus en plus nécessaire que la politique culturelle prenne le relais de la politique de l’emploi pour la stabilisation des équipes.
L’atelier a aussi relevé le décalage entre la richesse du contenu des postes et les conditions dans lesquelles ils s’exercent : des postes à responsabilités sont souvent occupés avec de faibles salaires et une précarité élevée, qu’il s’agisse d’ailleurs ou non de contrats aidés. C’est ce que l’on a pu appeler le paradoxe « travail enrichi / emploi appauvri ». L’enjeu ne réside donc pas seulement dans la pérennisation des emplois mais aussi dans la revalorisation des salaires à hauteur des qualifications.
Dans le domaine de la formation, il a été souligné la profusion, sur les années récentes, d’un grand nombre de DESS (Diplôme d’étude supérieures spécialisées) créés à l’initiative des universités mais qui trouvent difficilement des débouchés professionnels. En revanche, il existe des besoins non satisfaits pour des compétences plus délimitées, à des niveaux de formation moins élevées (Bac + 2 ou 3), par exemple dans les domaines de la billetterie, de la comptabilité, de la documentation ou de la régie. D’une manière générale, les acteurs des musiques actuelles manifestent une préférence marquée pour des cursus alliant expérience du milieu et du terrain et formation théorique, ce qui correspond mieux à la culture du secteur. À cet égard, la validation des acquis de l’expérience, si elle n’a pas été directement discutée dans l’atelier, pourrait constituer une piste à explorer.
La plupart des structures représentées se considèrent pleinement comme des entreprises même s’il s’agit le plus souvent d’entreprises à but non lucratif. Bien qu’avec une expérience limitée, elles assument à ce titre la responsabilité d’employeur et la fonction d’animation des équipes. Mais elles sont aussi confrontées à une tension permanente entre la précarité chronique qui pousse à rechercher des personnes compétentes tout de suite et le souci de durabilité qui impliquerait au contraire de prendre le temps de former les nouveaux embauchés.
La mutualisation des emplois via des groupements d’employeurs était à l’ordre du jour lors de la mise en œuvre du programme NSEJ (Nouveaux Services-Emplois Jeunes) mais elle n’a pas encore donné lieu à beaucoup de réalisations concrètes. Aujourd’hui, le renforcement des réseaux, en particulier au niveau régional, constitue un facteur favorable pour développer de telles expériences. Il y a sans doute là un chantier à ouvrir.
Retrouver la synthèse en téléchargement ICI