mercredi 5, jeudi 6 et vendredi 7 octobre 2005 à Nancy
Nous sommes le 9 septembre 2010 - mis à jour : 9 octobre 2006

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Synthèse "Comment poser la question du patrimoine ?"
Synthèse de l’atelier 17

ForuMa - Nancy 2005

Synthèse de :
-  l’atelier 17 : Comment poser la question du patrimoine ?

Chaque atelier de débats a été :
-  préparé par l’animateur du forum en ligne : Jean-Noël Bigotti
-  animé par le modérateur : Pascal Anquetil
-  synthétisé par : Claire Andrieu


Synthèse de l’atelier 17 :
Comment poser la question du patrimoine ?

Se poser la question du patrimoine paraît au premier regard incongru pour des musiques dites actuelles. Pourtant, les participants ont montré que la notion de patrimoine pouvait se lire dans le secteur à de très multiples niveaux et que l’enjeu était devenu important (pour preuve si l’en est la présence à cet atelier du département audiovisuel de la Bibliothèque Nationale de France, comme du CNRS). Finalement on constate très vite que cette question du patrimoine revient à parler de la légitimité et de la reconnaissance de ces musiques dans les représentations culturelles collectives, de transmission et de responsabilité des acteurs comme de celle de l’État.

Premier constat : des choses ont déjà disparu (des lieux, des savoir-faire, des instruments, des œuvres, des fonds documentaires et autres archives). Certains n’hésitent pas à faire le parallèle avec les musiques traditionnelles dans les années 70 en termes d’urgence à « collecter ».

Des initiatives existent de conservation, de transmission : la BNF, qui grâce au dépôt légal conserve 600 000 phonogrammes et s’apprête en 2006, à conserver aussi des sites Internet, le musée des arts et traditions populaires et sa « suite » marseillaise, le musée des musiques populaires de Montluçon qui intègrent tous deux, grâce au combat de Marc Touché des éléments liés aux musiques actuelles (un local punk rock dans le patrimoine national !), la fanzinothèque de Poitiers et ses 30 000 références, évidemment des médiathèques, discothèques et enfin de notables actions éducatives de transmission d’un héritage musical (Zebrock au bahut, Hall de la chanson...). Mais ces démarches relativement isolées restent trop souvent l’affaire d’individus, « chiens de garde de la mémoire ».

Pourtant, il semble que tout ce qui peut justifier de la vivacité du secteur des musiques actuelles soit potentiellement patrimoine, au vu de la définition, selon laquelle « est patrimoine tout ce qui est reconnu et approprié collectivement pour sa valeur de témoignage et de mémoire historique méritant d’être conservé, mis en valeur ». Ainsi les œuvres, répertoires, écrits autour des œuvres, histoire des styles, tous les fonds documentaires et témoignages liés à l’histoire et la mémoire des lieux (voir notamment l’évolution du bâti, mais aussi les programmations, les plannings), des objets, des événements, des mouvements fédératifs, mais également tout ce qui concerne le contexte sociétal autour de la musique (le fan club, le festival, la répétition, le concert) peuvent être des éléments du patrimoine de demain.

Après cette énumération, on peut se demander : que faut-il conserver et comment s’y prendre ? Définir ainsi le patrimoine au sens large, pose la question de l’inventaire, du repérage, du tri... selon quels critères, décidés par qui ? Il semble qu’il faille prévoir dans un premier temps une collecte large et que celle-ci doit être l’affaire de tous : rien ne pourra se faire en termes de valorisation si les acteurs n’ont pas eux-mêmes des pratiques de conservation. Face à la survalorisation de certains éléments de mémoire/patrimoine, rendus légitimes, il est essentiel de ne pas laisser le choix aux seuls conservateurs de ce qui est patrimoine ou non. Ce qui n’empêche pas (car la conservation a un coût) de monter des partenariats avec des spécialistes (médiathèques, universités, musées ...), de mettre en place des conservations partagées en région par exemple.

Conserver, pour quoi faire ? La question du patrimoine dans les musiques actuelles n’est pas qu’une affaire de musicologues, et autres chercheurs. L’enjeu est surtout pour tous les acteurs de contribuer à valoriser, diffuser et surtout veiller à transmettre la diversité d’une culture en mettant ce patrimoine vivant à disposition d’un public, pour le faire connaître aussi auprès d’autres secteurs culturels, institutions et surtout futurs acteurs de ce secteur (voir aussi en interne, la question de la transmission de mémoire dans les structures comme outil de cohésion d’équipe). Il s’agit aussi, de nourrir la création artistique et développer la culture musicale des générations futures. On le voit, on est là au cœur des enjeux de l’éducation artistique. À l’invective « le patrimoine, c’est la mort, l’immobilité », les participants répondent : « le patrimoine pour le secteur n’est pas un frein mais une ressource ».

Comment mettre ce patrimoine à disposition du public : le cadre juridique de la conservation et de la transmission de ce patrimoine vivant : La pratique du dépôt légal semble essentielle pour construire le patrimoine de demain et encore insuffisamment pratiquée. Mais la difficulté majeure concerne l’accessibilité de ce patrimoine une fois conservé, et notamment celle des œuvres sonores, autour de laquelle il semble exister un flou artistique ou tout du moins un labyrinthe juridique. Ainsi, tout le travail de vulgarisation du patrimoine sonore autour de ces musiques semble encore trop souvent empêché par les revendications des ayants droit (droits d’auteur, droits de l’artiste interprète, du producteur, etc.). À ce titre, le comité de liaison des industries culturelles est en train de négocier avec l’Education Nationale un protocole d’accord sur l’utilisation des œuvres à titre illustratif et pédagogique, mais uniquement dans le cadre des établissements d’enseignement et de recherche, protocole concernant toutes les œuvres protégées et tous les ayants droit (producteurs, éditeurs, Sacem, etc.). Souhaitons que ce protocole puisse s’élargir à d’autres cadres que les établissements « labellisés ».

En conclusion de cet atelier, on peut dire que ces démarches de sauvegarde et de transmission de ce que l’on peut désormais appeler le patrimoine des musiques actuelles se doivent aujourd’hui de dépasser les simples initiatives individuelles pour permettre grâce notamment à un cadre réglementaire clarifié concernant l’accessibilité et à une prise de conscience collective des acteurs, la mise en forme d’un vrai dispositif de transmission concernant ces musiques et tout ce qu’elles représentent.

Il semble donc urgent pour commencer, de développer des pratiques, réflexes de conservation parmi les acteurs, dans les lieux (comme cela semble être le cas par exemple au Brise-Glace à Annecy), en s’appuyant sur des conventions avec des musées, avec des universités, des médiathèques pour qu’elles récupèrent par exemple les démothèques des lieux de diffusion, pour imaginer des dispositifs de conservation partagée. Concrètement, des campagnes de sensibilisation aux archives, au patrimoine, au dépôt légal pourraient être organisées prochainement dans les réseaux. Ainsi, de la même manière qu’un lieu qui se crée doit se poser la question de l’histoire du territoire dans lequel il s’implante, il est urgent aujourd’hui que tous les acteurs du secteur se sentent passeurs de mémoire en puissance.


Retrouver la synthèse en téléchargement ICI







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