mercredi 5, jeudi 6 et vendredi 7 octobre 2005 à Nancy
Nous sommes le 9 septembre 2010 - mis à jour : 9 octobre 2006

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Synthèse "Population et public"
Synthèse des ateliers 1 et 2

ForuMa - Nancy 2005

Synthèse de :
-  l’atelier 1 : Les nouveaux comportements culturels des publics et des consommateurs
-  l’atelier 2 : Comment l’éducation artistique et l’action culturelle s’envisagent-elles dans les musiques actuelles ?

Chaque atelier de débats a été :
-  préparé par l’animateur du forum en ligne : Gaël Bouron
-  animé par le modérateur : Philippe Albaret
-  synthétisé par : Réjane Sourisseau et Luc de Larminat


Synthèse de l’atelier 1 :
Les nouveaux comportements culturels des publics et des consommateurs

Les nouveaux comportements sont liés, via de nouvelles technologies, aux nouvelles façons d’écouter de la musique : Ipod, Dvd, sonnerie de téléphone, Internet ; ou pour le spectacle vivant aux diverses façons d’aller à sa rencontre : salles de musiques actuelles, festival, concerts à domicile...

Parallèlement, l’œuvre a aujourd’hui une présentation multiforme et le spectateur adapte sa consommation et sa pratique à ses besoins.

Les débats ont tourné principalement sur le public des spectacles. Trois points nous paraissent importants à soulever :

1/ Le public est aujourd’hui multiple, segmenté et nomade

-  Multiple dans ses comportements : un jour dans un festival, un autre dans petit lieu en quête de découverte...
-  Segmenté, se déplaçant pour une esthétique précise et pas pour une autre (s’il veut écouter du reggae, il n’écoutera pas du ska),
-  Nomade : il passe très vite d’un artiste à un autre, d’un endroit à un autre, d’une culture à une autre.

La qualification de multiple et complexe du public a été préférée au terme de « consommateurs ». De nombreuses expériences rapportées par les participants permettaient notamment d’échapper à cette posture unique du consommateur.

2/ Le public acteur de la vie des musiques actuelles

Le public n’est plus seulement considéré comme spectateur passif mais il participe désormais, comme acteurs de la vie associative, co-constructeur de propositions, participant aux activités et à la vie de la salle... On passe peut-être alors de la notion de public à celle de population que l’on associe à la conception et à la mise en œuvre du projet du lieu, notamment dans le cadre d’une gestion associative. On a d’ailleurs souligné que le public, ce n’est pas que les spectateurs. Le public ce sont aussi ceux qui viennent pratiquer, dans les lieux de répétition notamment.

Le public est dans son quotidien en écoute permanente de la musique. Il éduque son oreille et réclame une qualité de plus en plus accrue de la proposition musicale.

3/ Le public sur Internet

Les avancées technologiques notamment avec Internet ont encore un peu plus brouillé les pistes, notamment en intensifiant le mouvement de globalisation et de circulation de la musique.

L’importance d’Internet dans les nouveaux comportements des publics a été souligné. L’amateur s’en est emparé, impliquant une évolution profonde du consommateur et de ses usages qui passent par une maîtrise croissante du numérique. Il n’est plus passif, il devient aussi producteur, prescripteur et diffuseur notamment via les communautés Internet d’échanges et de discussion. Cela peut aussi lui permettre d’avoir une relation plus intime avec l’artiste.

Internet est également une piste explorée par les salles pour donner accès par exemple à des extraits de groupes programmés, pour donner la parole, retransmettre des concerts en direct, utile notamment aux populations rurales plus isolées géographiquement...

Mais les salles ont par ailleurs exprimé l’attention qu’il fallait porter à leur cohabitation avec des festivals qui captent les publics dans une dynamique ponctuelle.

Enfin la relation d’une salle avec son public est différente suivant les territoires.

La relation au public ne s’arrête pas à faire venir les gens à un spectacle, c’est aussi mener des actions auprès des scolaires, auprès des jeunes publics, construire des espaces de convivialité et de sociabilité... ou encore présenter des expériences innovantes d’action culturelle, comme par exemple les concerts réalisés à domicile. C’est aussi une manière d’échapper à cette figure du public-consommateur pour celle de public-acteur. Il y a beaucoup d’autres expériences qui ont été présentées dans cette perspective (rôle des discothèques, des comités d’entreprises, rejoignant ainsi les problématiques d’action culturelle et d’éducation artistique.)

On a enfin esquissé le thème des pratiques amateurs, la frontière de plus en plus poreuse entre amateur et professionnel a ainsi été questionnée, montrant combien ces lieux de musiques actuelles favorisent et accompagnent l’épanouissement de projets artistiques amateurs ou semi-professionnels.

Mais il apparaît clairement que face à des pratiques culturelles qui évoluent, qui se croisent, qui ne représentent pas un public-type, il reste un chantier important à mener en termes d’étude et de recherche afin de mieux appréhender cette complexité.

À partir du moment où l’on passe d’une notion de « public » à une responsabilité en direction des populations, nous sommes bien dans un champ de démocratie culturelle. On veille à ce qu’elles participent à ces évolutions. Et ceci nous invite à faire écho aux travaux de l’Unesco sur la diversité culturelle, notamment sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques.


Synthèse de l’atelier 2 :
Comment l’éducation artistique et l’action culturelle s’envisagent-elles dans les musiques actuelles ?

Le nombre d’inscrits à cet atelier, près de 250, confirme - si besoin en était - la vocation éminemment éducative et culturelle, au sens large, des acteurs des musiques actuelles.

L’exception culturelle française ?

Si on se flatte souvent de l’exception culturelle française, en matière d’éducation artistique, notre pays accuse en réalité un retard évident par rapport à ses voisins européens. Ce sous-développement - jugé scandaleux par certains - concerne d’ailleurs l’ensemble des disciplines et pas seulement les musiques actuelles.

Il apparaît clairement que, faute de moyens, les diverses mesures et circulaires en faveur de l’éducation artistique à l’école ont été peu - voire pas - appliquées, celle-ci est donc loin d’être généralisée. Malgré des prémices remontant aux années 60, l’éducation artistique a évolué très très progressivement et surtout cycliquement. Au bout du compte, elle n’est pas encore parvenue à s’y installer de façon significative et durable.

Ainsi, le Plan de 5 ans pour les arts et la culture [1] (lancé en 2000 par Jack Lang et Catherine Tasca) qui comportait de belles avancées a vite été revu à la baisse (quasiment deux fois moins de classes à Pac - classes à projet artistique et culturel - ouvertes en 2002 qu’en 2004). De même, le Plan de relance annoncé en début d’année suscite des interrogations car reposant sur les associations sans financements supplémentaires...

Les participants à l’atelier en appellent donc à une prise de conscience politique ferme pour faire de l’éducation artistique une cause nationale pour permettre à chaque enfant de bénéficier lors de sa scolarité et ce dès le plus jeune âge d’une ouverture au théâtre, aux arts plastiques, à la musique, notamment les musiques actuelles.

Les musiques actuelles dans l’éducation artistique : un potentiel sous-utilisé

Un nombre limité d’opérations ...

Si l’éducation artistique est le parent pauvre de l’Education Nationale, les musiques actuelles n’en représentent aujourd’hui qu’une portion congrue, que ce soit en temps scolaire ou périscolaire. Il existe aujourd’hui en effet très peu de classes à PAC ou d’ateliers artistiques sur cette discipline.

Certes, les débats ont été l’occasion d’entendre le récit de quelques actions [2] menées avec des primaires des collégiens, des lycéens : Zebrock (Seine-Saint-Denis), l’Olympic (Nantes), le Grand Mix (Tourcoing), le Brise Glace (Annecy), le CRDP d’Amiens...

Pour passionnantes qu’elles soient, ces expériences ne restent que des expériences - même si certaines durent depuis 15 ans - touchant seulement quelques milliers d’élèves sur les millions que comptent l’hexagone.

Leur existence repose sur la volonté et la motivation de quelques individus (enseignants, proviseurs...) et le relais efficace de quelques partenaires (salles de musiques actuelles, réseau des médiathèques).
Le financement provient plus souvent des villes (via les contrats éducatifs locaux - CEL), des collectivités (Conseil Général) ou de Jeunesse & Sports que de la Drac ou de l’Education Nationale, même si cela arrive parfois.
Signalons la création (il y a 5 ans) du PNRMA porté par le CRDP, la Drac et les structures culturelles.

Cette situation est dommageable, à plus d’un titre, car les demandes sont nombreuses.

... malgré des demandes et des enjeux multiples

-  La musique - faut-il le rappeler -, est la pratique culturelle dominante chez les jeunes générations, caractérisées par une forte consommation des produits de l’industrie : disques, clips, fichiers MP3 (sans parler des sonneries de téléphone...).

Travailler autour des musiques actuelles avec les jeunes peut être une entrée pour leur permettre ensuite d’aborder d’autres domaines culturels, de se forger leurs goûts.

Pour cela, les types d’actions possibles avec des élèves sont variés : les familiariser avec le patrimoine (et balayer ainsi le rapport à la modernité), faire découvrir le phénomène sonore au travers de jeux d’écoute (on sous-estime souvent cette capacité d’écoute), les initier à l’improvisation, les faire jouer ou chanter ensemble, les faire participer à une création collective, les faire enregistrer (afin d’aboutir à un résultat tangible, une trace)...

L’enjeu n’est pas tant de privilégier la « simple » transmission de connaissances que de favoriser la pratique (pour combler ainsi l’inégalité des chances en la matière).

-  De leur côté, un certain nombre d’enseignants manifestent un véritable appétit pour monter des projets artistiques, y trouvant la matière d’exploitations pédagogiques riches.

À partir de la musique, des passerelles avec d’autres disciplines scolaires sont envisageables, Il est également possible de trouver des liens avec l’image, les nouvelles technologies. Le contact avec les artistes, les approches ludiques et collectives influencent positivement la classe. C’est parfois aussi l’occasion d’aller voir un concert et de toucher ainsi des élèves éloignés de l’offre artistique. À ce sujet, a été soulignée la faiblesse de l’offre jeune public pour les musiques actuelles.

-  Certains parents aussi sont demandeurs comme l’a montré l’exemple, cité durant l’atelier, d’une association montée par des parents d’élèves organisant des activités musicales périscolaires.

-  Enfin, la plupart des artistes impliqués se mobilisent fortement et se montrent très réactifs. Il semble qu’ils sortent « grandis » de ce type d’opérations, comme confortés dans leur rôle. Il apparaît d’ailleurs plus facile de trouver des artistes pour intervenir en milieu scolaire que dans les quartiers.

Alors, pour avancer ?

Pourtant, les enseignants ne repèrent pas toujours les lieux de musiques actuelles comme des partenaires potentiels ; ils ne savent pas toujours où trouver des intervenants qualifiés (tout artiste n’est pas nécessairement un bon pédagogue et sa motivation ne doit pas être alimentaire) ou ont des difficultés à régler leurs questions de statut.
D’autres n’ont sans doute pas la formation nécessaire, la plupart n’ont pour bagage artistique que celui qu’ils se sont forgés.

L’impérieuse nécessité de mettre en place une politique ambitieuse en matière d’éducation artistique devrait donc s’assortir de rencontres régulières [3], pour renforcer le dialogue entre l’Education Nationale et les acteurs des musiques actuelles en impliquant des interlocuteurs de haut niveau (inspecteurs d’académie...).

Les acteurs des musiques actuelles auraient tout intérêt à se rapprocher des schémas de développement territoriaux qui se mettent en place.

L’éducation n’a pas le « monopole » de l’éducation artistique, la question concerne aussi, bien entendu, les écoles de musique. En ce domaine, il semble important d’aller au bout des diverses démarches entreprises ces dernières années pour rapprocher les musiques actuelles du réseau des écoles de musique, non pas en les y intégrant « coûte que coûte », mais en réfléchissant aux passerelles possibles dans la concertation [4].

De l’éducation populaire au développement culturel

Le rôle des acteurs des musiques actuelles ne s’arrête pas à l’éducation des enfants et des jeunes, ils sont imprégnés par des enjeux éducatifs plus larges : ceux de l’éducation populaire dont l’ambition est de permettre à chacun d’avoir accès à la culture, en tant que spectateur, auditeur ou pratiquant.

La notion d’action culturelle dépasse l’accompagnement des groupes (souvent proposé), il s’agit plus largement d’être au service des populations et des territoires, en restant accessible au plus grand nombre.

Un témoignage fourni par un des participants à l’atelier illustre particulièrement bien ce rôle de « lieu ressource », de « boîte à outils », celui d’une structure à laquelle s’est adressée une sage-femme en vue de monter une activité musicale périnatale.
L’action culturelle, c’est aussi, comme l’ont montré d’autres exemples, décliner autour d’un événement (un festival par exemple) des ateliers, des rencontres avec les artistes...

Au-delà de la place centrale à donner aux artistes, en favorisant leur implantation dans la durée, par le biais par exemple de résidences, la fonction de médiation est essentielle pour la réussite des projets. En effet, il faut du temps et de la disponibilité pour définir des projets partagés entre des interlocuteurs aux objectifs variés : centres sociaux, centres culturels, écoles de musiques, et scène conventionnée parfois...
Les participants n’ont pas manqué de déplorer la chute des crédits politique de la ville - si tant est que les projets d’action culturelle doivent majoritairement dépendre de ces financements.

Les projets d’action culturelle ont parfois de multiples ramifications, comme en témoigne le cas de ce projet sur l’identité sonore de la ville : diverses ambiances sonores de la ville ont été captées (y compris des paroles d’habitants) et ont ensuite été introduites dans la création musicale d’un artiste en résidence. Parfois des allers-retours entre des musiciens, des metteurs en scène se produisent, tissant ainsi des liens entre disciplines.

On voit donc qu’un projet, musiques actuelles au départ, peut déboucher sur un projet culturel beaucoup plus large.


Retrouver la synthèse en téléchargement ICI



[1] Les musiques actuelles dans le plan de 5 ans pour le développement des arts et de la culture à l’école, ed. Fédurok, 2001

[2] Le lecteur est invité à visiter quelques sites des expériences citées : Zebrock ; La Cuisine ; CRDP Amiens ; Ville de Chatellerault ; L’Olympic ; Le Grand Mix ; Le Brise-Glace ; L’ouvre-Boîte ; L’Antipode.

[3] Un colloque à venir : Assises Nationales Théâtre/éducation, 11-12-13 Novembre 2005 à Nantes

[4] Deux publications récentes sur ces sujets : Nos enfants ont-ils le droit à l’art et à la culture ? Manifeste pour une politique artistique et culturelle, Jean Gabriel Carasso, ed. l’Attribut ; Enseigner les musiques actuelles, actes du colloque national de Toulouse, mai 2005, ed. FneijMa 





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