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Mediathèque associative des Musicophages
une expèrience de patrimoine sonore

Depuis 1994, la Médiathèque Associative des Musicophages (Toulouse) a constitué un fond de 18000 cd sur l’histoire des musiques actuelles. Constats et quelques réflèxions.

La Médiathèque Associative des Musicophages : une expérience originale de constitution d’un fond discographique de musique actuelle. Née en 1994 et installée au centre ville de Toulouse depuis 1996, la Médiathèque Associative des Musicophages est un lieu pluridisciplinaire dévolue à l’univers des musiques actuelles. L’association dispose d’un fond de 18 000 cd en prêt (Rock Français, reggae, métal, punk, hardcore, indus, rock 50’s, 60’s, 70’s, funk- soul, electro, musiques actuelles du monde...), une fanzinothèque (dépôt vente et 4500 titres archivés), des expos mensuelles en lien avec le fanzina (graphisme, BD, graph... ex ce mois Daniel Jonhston), le multimédia, des rencontres musicales que ce soit avec des musiciens (show case acoustique), des labels, ou des auteurs d’ouvrages (écrivains, journalistes, universitaires). L’objet de l’association est de défendre et promouvoir le champ culturel des musiques actuelles dans ces ramifications (musiques, littératures, arts graphiques...) Pour en savoir plus visiter www.musicophages.org La constitution du fond de cd a été possibles grâce à la capacité d’autofinancement de l’association du fait du prêt payant (Adhésion 13 euros, 1 prêt 48H= 1,60 euros ou 10 prêts 48H= 10 euros ...). Ce stock a été conçu avec un souci pédagogique certain, l’ensemble des courants esthétiques formant une histoire du rock y étant représentés ; une grande partie des disques est valorisée par l’apposition d’un petit commentaire sur la pochette (style, influence, place dans la discographie de l’artiste).

L’association a développé des rapports avec diverses institutions et collectivités, mais aucune n’a jamais soutenu ou accompagné d’une quelconque manière l’activité lié au disque, soit dans un désintérêt clairement affiché soit parce qu’ils jugent que cette mission est remplie par le réseau des médiathèque publique. En effet depuis trois ans, la ville de Toulouse s’est doté d’une médiathèque « géante » a vocation régionale qui propose une discographie de qualité sur les musiques actuelles, avec en plus comme produit d’appel le dvd le tout en accès gratuit. N’ayant (évidemment) pas été associé au projet, nous subissons durement les dommages collatéraux que génère un tel équipement. Bref, la quantité et l’intensité de nos usagers en a pris un coup et donc nos revenus. Nous étions pourtant parfaitement « repéré » par la mairie.

Sur la notion de patrimoine sonore :

Evidemment il y l’aspect archivage ; les artistes disparaissent, les disques sortent du marché, nous prolongeons leur vie. Le facteur temps est une première valorisation permettant de sortir d’un rapport d’immédiateté, de rentabilité économique, de succès médiatique. A partir de là on peut dégager une notion de culture et de production artistique, l’œuvre se resituant dans son contexte social, politique et esthétique (influence, mouvement, filiations, écoles...). Notons que les premier a s’enfermer dans cette notion d’immédiateté son les artistes eux même, qui n’inscrive que très rarement leur production dans le temps. Ainsi il est souvent impossible de leur faire admettre l’intérêt d’un archivage de leur production. (Eh oui pour être rentable, c’est un disque, une tournée et on recommence ; et en plus on va mettre leur disque en prêt donc l’exposer à la copie, oh les vilains !).

Le disque c’est aussi une pochette ; souvent elle présente elle-même un intérêt artistique ; surtout elle est systématiquement une mine de renseignements permettant une meilleure compréhension et recontextualisation de l’œuvre (année, production, musiciens, textes...).

Un patrimoine doit être protégé. Or, pour notre part, les disques sont accessibles au public, et nous n’avons pas les moyens de doubler nos achats. Donc le patrimoine que nous conservons est en perpétuel danger, exposé à l’érosion publique (Ah ! le salaud qui nous a piqué le 1er album des Agressivs Agricultors !)

Signalons en passant que rien n’existe pour repérer, recenser les collections privés. Des mines de son se promènent, au risque d’être dilapider alors que nombre de collections de disques grâce a de généreux « furieux » du disques.

La recherche universitaire reste embryonnaire en France, souvent limité à une approche sociologique délaissant les aspects esthétiques, linguistiques ou encore techniques. C’est un frein énorme à la reconnaissance de la valeur de patrimoine que représentent les musiques actuelles. Quleque part, nier cette notion de patrimoine c’est nier un pan entier de la culture populaire actuelle. A force de vouloir « amener la masse vers l’excellence » on laisser sur le bord de la route la culture populaire vivante, la cantonnant à une péjorative culture de masse.

Les musiques actuelles continuent d’être victimes des clichés qu’elles véhiculent : une « musique de jeune », « pour les jeunes », encadré dans une économie du loisir. La vision purement économique prédomine, a commencé par les musiciens eux mêmes. La dessus se greffe un effet pervers de la politique culturelle de ces 25 dernières années, qui a été de donner à nos édiles comme grille de lecture des musiques actuelles « le spectacle vivant ». Ainsi tout est « pratique », « diffusion », et aménagement du territoire. Quid du goût, du droit d’accès, de l’esprit critique, de l’éducation artistique ou du partage. Pourtant, toute démarche de création artistique en musique commence par l’écoute. L’entrée en musique, qui correspond pour beaucoup à l’entrée en culture, commence par un partage de l’écoute. Avant l’écoute que l’on donne, celle que l’on reçoit. Et par là, la première « pratique amateur », c’est l’écoute.

Mais la difficultés majeure pour l’émergence d’une notion de patrimoine sonore (comme pour toutes productions intellectuelles) c’est la circulation du son, déterminant l’accessibilité. Le déséquilibre entre un droit privé omnipotent, offensif et un droit public qui peine à défendre ces acquis, le droit du public se résume souvent à celui de payer (son entrée, son disque, sa formation...) Le mythe de la gratuité induit par les nouvelles technologie ne résiste pas à une analyse pertinente. A ce sujet je vous renvoie au texte passionnant de Daniel Kaplan « Musique numérique, propriété et échange : 8 millions de délinquants ? » que vous retrouvez dans la bibliographie proposé sur le site du Foruma.

Pour finir, un cri du cœur : Service public, amis -thécaires, association, passionnés de musique , à défaut d’être pirate, soyons corsaires ! Embrassons la désobéissance civile et fourvoyons nous dans le crime en concevant ensemble des outils pédagogiques sur la musique. Faisons fi des drm et autres autorisations (ce qui n’empêche pas de rémunérer directement les artistes) ; ré-instaurons un rapport de force , forgeons des outils (bases de données) afin de défendre ce qui nous tient à cœur : l’accès pour tous à toutes les musiques.

Nicolas Bordes.






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