mercredi 5, jeudi 6 et vendredi 7 octobre 2005 à Nancy
Nous sommes le 10 septembre 2010 - mis à jour : 9 octobre 2006

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C’est un peu court pour refaire une contribution étayée, mais il est évident que cette question du patrimoine résonne par rapport à mes expériences. Si je connaissais déjà relativement bien le terrain de Saint Germain en Laye au moment du démarrage de la CLEF, et qu’une part de la programmation s’était parfois basée sur un rapport à l’histoire (Procédé Guimard Delaunay RIP...), la rencontre avec Marc Touché et son travail sur la répétition ont transformé une part de mon rapport à ma pratique professionnelle.

A mon arrivée sur Annecy, à l’automne 1994, l’arrivée sur un nouveau projet de « complexe musical dédié aux musiques amplifiées » porté par la Ville d’Annecy, basé sur les « ruines » de la MJC des Marquisats, équipement phare du réseau des MJC et de l’histoire de l’Education Populaire, ne pouvait que m’inciter à creuser l’histoire locale. Dès mes premières rencontres avec le tissu local et mes premières sorties musicales, j’ai ressenti le poids de l’histoire et surtout de cette histoire avec un petit h, faite d’anecdotes, mais aussi d’une richesse de témoignages et d’expériences. Très vite il m’a semblé important de faire appel à un tiers pour explorer ce nouveau terrain et j’ai rappelé Marc Touché pour le convaincre d’étendre son travail de recherche à ce nouveau terrain. Le lien ténu entre mes préoccupations musicales et l’omniprésence de la glisse urbaine et du skate et d’autres pratiques plus montagnardes à Annecy l’a fait accepter et je ne l’en remercierai jamais assez.

La convention passée entre le Centre d’Ethnologie Française/CNRS lié au Musée National des Arts et Traditions Populaires et la toute jeune Association Musiques Amplifiées aux Marquisats d’Annecy, puis transférée au Musée Château d’Annecy, devenu depuis Musée Château de l’Agglomération d’Annecy, a permis de réaliser une recherche historique lancée sur la quête de l’arrivée de l’amplification et des premiers instruments électriques à Annecy, ainsi que sur le suivi de parcours de musiciens, des années 50 à nos jours. Ce travail, qui n’a pas permis de retrouver la première guitare électrique arrivée à Annecy, mais qui a permis de s’en approcher, a été complété par une recherche plus contemporaine sur les conditions de répétition d’un certain nombre de groupes d’esthétiques et de niveaux variés choisis selon des critères de représentativité, afin de pouvoir faire un parallèle sur l’avant construction du projet Brise Glace et le pendant. Cet immense travail de collectage a permis la réalisation de dizaines d’interviews, la constitution d’un fond d’archives sonores (supports et enregistrements d’époque) et iconographiques, l’acquisition d’objets sous forme de dons ou d’achats publics (amplis, instruments, disques, entrée au MNATP du local de répétition du groupe de skate punk Against You...), puis un certain nombre de restitutions publiques (expositions, reportages...), ainsi que la publication d’un livre-disque couvrant les années 1950 -1970 (« Mémoire Vive #1 »).

Le travail de collectage, entamé en 1996, se poursuit encore à ce jour avec la rédaction d’un rapport CNRS prévu au terme de la convention (fin 2005) et si possible d’autres Mémoire Vive ( !!! [1]).

Par ailleurs l’association, qui gère depuis 1998 Le Brise Glace, édite chaque année une compilation CD à partir des enregistrements choisis par les groupes qu’elle a le plus croisé ou accompagné dans l’année (« Frissons »), forme de collection à vocation historique.

En parallèle, un travail de mémoire du lieu Brise Glace s’est mis en place : documents et maquette liés à la construction, conservation des documents de communication (programmes, affiches, photos), classement des archives sonores (démos, supports des groupes programmés), détails concernant l’utilisation des studios de répétition (plannings, fichiers de groupes, styles joués...). Tous ces aspects, qui se basent plus sur des pratiques que sur la notoriété artistique (bien qu’un certain nombre de musiciens soient désormais connus au-delà du bassin : Red, Christophe Godin, Patrice Guers...), constituent des témoignages qui au-delà de la forte charge affective tracent souvent une histoire en creux des dessous d’une ville ou d’un bassin. Les recherches et les parallèles révèlent souvent de terribles malentendus entre initiatives privées et enjeux de politique locale, renvoyant à l’intérêt, pour sa pratique professionnelle, de s’imprégner des réalités profondes de son terrain.

A l’aube d’un nouveau projet dans l’agglomération grenobloise, à Fontaine, je ressens les mêmes besoins de me pencher sur le passé pour construire l’avenir. La démarche sera forcément différente, car chaque terrain a ses spécificités, mais dès à présent cette préoccupation se fait jour.

Sur les autres aspects patrimoniaux, plus traditionnels de mon point de vue : conservation d’œuvres, de savoir faire, d’écrits (quoiqu’une part des musiques actuelles ne produise pas d’écrits « nobles » et que pourtant des paroles de chanson sur un cahier d’écolier sont souvent plus touchantes que de rares partitions...), la question des compétences quant au collectage se pose et là je rejoins Marc Touché sur l’inquiétude face à certains conservateurs de musées ou face à la facilité de ne conserver que des éléments symboliques au regard de la notoriété (exemple déjà d’un certain nombre d’expositions ou d’ouvrages sur les grands noms du blues, du rock ou du jazz...).

Voilà pour l’instant. La suite à Nancy !

Jean-François Braun



[1] Sur ce point, il me semble fondamental qu’une restitution valorisante puisse être faite à tous ceux qui ont donné de leur temps et révélé de leur intimité au cours de ces recherches. En confiant des photos, des objets uniques, des lettres et autres, ils nous ont confié une part d’eux-mêmes, qui touche. Depuis le début des travaux, plusieurs ont disparu plus ou moins tragiquement et leur mémoire mérite qu’une suite (un temps annoncée) soit donnée aux travaux. Certes il y a un coût d’édition, mais ça vaut le coup ! Je pense notamment à tous ces parcours des années 80-90 de musiciens que j’ai croisé et dont les témoignages n’attendent qu’à sortir. J’ai à ce sujet une pensée toute particulière pour mon collaborateur et ami Nicolas Van Berkel (La Cuve, Surfin’ Spiders, Maloney Site Control...), figure locale et véritable « poisson pilote » de ces recherches, mort d’un stupide accident de voiture le 4 septembre 1999...





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