mercredi 5, jeudi 6 et vendredi 7 octobre 2005 à Nancy
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Transmettre la mémoire des lieux et des acteurs
Contribution de Véra Beszonoff, sociologue

Pourquoi ne pas envisager la question du patrimoine dans les musiques actuelles sous l’angle de la transmission de la mémoire des lieux et des acteurs de ce secteur ?

Les lieux de musiques actuelles et leur reconnaissance sont relativement récents et, la plupart des acteurs culturels qui ont construit leur histoire sont encore aujourd’hui à leur direction. Il est donc difficile pour ces derniers d’arriver à prendre du recul, à se questionner et à écrire leurs « mémoires » alors même que leur aventure est en cours de construction...
Dans ce sens, il peut être intéressant de faire un parallèle avec les musiques et les danses traditionnelles. En effet, cette culture populaire se transmettant essentiellement par l’oral s’est pendant longtemps tout simplement « vécue » et n’a jamais fait l’objet d’études ou de conservation particulière jusqu’à ce que les évolutions historiques et politiques les « menacent » de disparaître... Ainsi, il a fallu attendre les années 70 et une recherche d’identité pour que certains acteurs, les voyant s’éteindre, se préoccupent de ces musiques et danses traditionnelles et, plus largement de toute la culture populaire et vivante des régions et pays français, pour que se mette en place un collectage et des travaux de conservation de ce « patrimoine culturel traditionnel, populaire et vivant ».
De la même manière, les musiques actuelles, par leur inscription dans une culture dite vivante et populaire, se transmettant essentiellement par l’oral mais également, dans le soucis de se démarquer d’une culture dite savante « qui s’écrit et se conserve », n’ont pas fait l’objet de beaucoup d’écrits, d’analyses, ni de collectage...par peur de se voir déjà mortes ? Devra-t-on également attendre qu’elles disparaissent avec ses pratiquants pour se préoccuper de leur conservation ?

Par ailleurs, en allant plus loin que la conservation d’un patrimoine artistique, ne serait-il pas intéressant d’envisager une conservation de la mémoire des acteurs et des lieux de ce secteur : l’engagement des acteurs, les contextes de naissance de ces lieux, leurs évolutions... voire, leurs disparitions ?
Il est étonnant d’observer que, dans la plupart des cas, les acteurs de ces lieux ne transmettent pas systématiquement aux nouveaux salariés, bénévoles, adhérents... l’histoire, la genèse et l’émergence de ces derniers...pourtant essentiel pour sa compréhension globale... Plus généralement, sauf des écrits réalisés pour des dates anniversaires, il existe peu de témoignages de souvenirs des moments passés, des aventures vécues... comme si c’était inutile et, qu’il était évident que parce que nous travaillons dans le même secteur, nous partageons la même histoire, les mêmes valeurs et qu’une mémoire collective et commune s’était mise en place d’elle-même... Mais n’est-ce pas un peu utopique ? En effet, la construction et l’existence d’un lieu de musiques actuelles est directement lié à leur territoire, à un contexte historique, politique et sociologique local et bien évidemment, également, à un porteur de projet...
Il n’existe donc pas un seul projet, une seule histoire, un seul contexte... mais une multitude et c’est justement cette diversité qui fait la richesse de ce secteur et évite le formatage des projets... Sans conservation, comment alors, partager et sauvegarder ces spécificités et cette diversité avec les nouvelles générations d’acteurs mais également les autres secteurs culturels, les institutions publiques... ?






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