mercredi 5, jeudi 6 et vendredi 7 octobre 2005 à Nancy
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Les 4 étapes de l’intégration des musiques actuelles dans l’action de l’Etat

Vous trouverz ci-dessous un texte qui concerne pour partie cet atelier sur les politiques musicales. En lien avec d’autres thématiques, il est aussi publié dans les chapitres sur les publics (atelier 2), sur les parcours des amateurs (atelier 7) et sur le spectacle (atelier 12).

Depuis que Jack Lang a permis à la grande famille du rock, désormais appelée « champ des musiques actuelles », d’intégrer le monde de la Culture et d’accéder partiellement à sa reconnaissance et à son financement par le ministère, la position de ses administrés a toujours été délicate.

Leur volonté première, fort légitime, a été celle de la professionnalisation du secteur, de la structuration du réseau. Ou comment trouver des interlocuteurs fiables dans un monde en mutation permanente, qu’ils avaient bien du mal à appréhender. Ils ont donc dans un premier temps séparé le bon grain de l’ivraie et trouvé des « gentils » rockers, fiables, trop contents d’avoir enfin des interlocuteurs institutionnels qui ne les considèrent pas comme des zoulous, et accessoirement, qui leur donnent quelques subsides pour vivre de leur passion. Ils en ont pris quelques-uns au Ministère ou dans les institutions nationales à Paris, et les autres ils les ont placé dans des maisons malrusienne de la culture entièrement dévolues au rock’n roll ( !), qu’on a appelé « cafés-musiques », puis « SMAC ».

La deuxième étape a été celle de la réglementation. Si le rock est reconnu et financé, il ne doit plus être ce grand foutoir du n’importe quoi où l’on ne s’embarrassait pas trop d’une législation par ailleurs inadaptée au secteur...Cahiers des charges, déclarations, licences, taxes, nuisances sonores...On ne pourra reprocher à l’Etat d’avoir assumer son rôle et voulu mettre de l’ordre dans un mouvement dont la philosophie de base était justement la lutte contre l’ordre établi...

La troisième étape a été celle du cadrage. Le ministère fixe les règles du jeu, détermine les critères de sélection des projets, suivant un schéma qu’elle maîtrise parfaitement, depuis son application dans les autres domaines artistiques depuis plus de 40 ans : excellence artistique, répertoire, œuvres, acteurs professionnels...

La particularité (partagée avec le cinéma et l’édition) du champ des musiques actuelles, c’est sa fusion avec le monde économique. Les industries musicales très impliquées représentent un poids financier énorme. Aussi la quatrième étape a été celle de l’ouverture au monde économique. Des ponts ont donc été trouvés, à l’instigation de l’Etat, afin de réunir les acteurs de ces 2 champs, culturels et économiques : CNV, FCM, Adami, Sacem, Spedidam...

Si l’on résume ainsi l’action de l’Etat depuis les années Lang, avec cette volonté, tout à son honneur, de professionnalisation, de réglementation et d’institutionnalisation du secteur pour sa meilleure maîtrise, si l’on se contente d’une telle vision, alors on peut déclarer sans ambages : « tout est bien dans le meilleur des mondes ». Si en plus on nous dit que le ministère veut aujourd’hui s’intéresser aux amateurs des musiques actuelles, alors tout devient idyllique. Seulement voilà, les effets produits à la base, de ces politiques successives, n’ont pas eu uniquement, l’effet escompté. L’effet pervers latent de cette institutionnalisation a été la mise en difficulté des structures intermédiaires non labellisées, qui découle, encore une fois, sur un éloignement des publics. Tout se passe comme si l’Etat pour reconnaître et valider un secteur d’intervention en matière culturelle devait nécessairement se couper de sa base.

Les structures intermédiaires qui se voient appliquer les mêmes contraintes juridiques, techniques, réglementaires que leurs aînées, se retrouvent asphyxiées financièrement, renvoyées à leurs élus locaux et marginalisées. Sans la reconnaissance ministérielle, elles ne peuvent que très rarement obtenir de financements complémentaires : conseils généraux, conseils régionaux, fondations privées... Aussi tout leur travail de fond et de proximité sur les publics se retrouve nié : musiciens amateurs, artistes émergents ou dits « en voie de professionnalisation », associations locales, fonctionnement du réseau, appropriation du lieu par les publics...

Dans le même temps, les SMAC, équipements « structurants » s’il en est, vont se retrouver coincées entre la logique marchande de l’industrie musicale, le cahier des charges du Ministère qui impose du chiffre (en terme de public) et la nécessité pour elles de rester ouvertes aux nouvelles tendances culturelles, à l’émergence artistique, aux pratiques des jeunes en constante évolution. Alors, quelle que soit leur volonté, quelles marges de manœuvre ont-elles encore pour soutenir la création locale :
-  lorsque 80% de leur planning est dévolu aux productions nationales et internationales, ou à des locations de salles ?
-  lorsque les premières parties des « têtes d’affiches » sont imposées par les producteurs ?
-  lorsque les financements des fondations privées sont presque exclusivement réservés aux actions en direction des professionnels reconnus ?
-  lorsque faire jouer des amateurs, c’est prendre le risque de soupçon de travail au noir (on attend encore le statut de l’artiste amateur...) ?

On le voit bien, le tableau n’est plus si idyllique que cela... Les professionnels d’aujourd’hui, chers à notre ministère, sont les amateurs d’hier, ne l’oublions pas. Cette évidence semble avoir été saisie depuis peu et la question intéresse aujourd’hui. Tant mieux. Mais quel est le parcours actuellement d’un musicien amateur qui aspire à travailler sa musique, se former, créer et jouer devant un public ?
-  cours privés (non déclarés), structures associatives, MJC...pour la formation,
-  garages, quelques trop rares locaux de répétition voire résidences d’artistes pour les plus chanceux et maintenant appartements (avec le home studio)...pour la création,
-  la rue (si pendant la fête de la musique !), cafés-concerts (de moins en moins) et encore parfois, salles de quartier, MJC...pour la diffusion, Dans ces conditions comment notre amateur va pouvoir passer du statut louable d’amateur à celui de professionnel ? Comment va-t-il pouvoir franchir les portes de la SMAC locale (s’il-y-en a une ?) Et comment va-t-il pouvoir être repéré par l’industrie musicale ?

La réponse apportée sur la question de la formation est la même que pour la musique classique : ce sont les collectivités locales et les écoles de musique municipales qui doivent s’en charger. L’Etat crée un diplôme national reconnu, charge aux collectivités d’embaucher ces nouveaux fonctionnaires des musiques actuelles. Même si l’on comprend l’intérêt économique pour l’Etat de cette volonté décentralisatrice, on peut s’interroger sur les effets d’une telle politique. En effet, dans un secteur en mutation permanente où un courant musical en chasse un autre, où la création n’a de cesse d’abolir les frontières y compris entre disciplines artistiques, on voit bien les limites d’une telle municipalisation...

Pour la création et la diffusion, la seule réponse existante apportée par l’Etat, ce sont les SMAC. Mais au vu des contraintes décrites plus haut, hormis quelques belles exceptions, le combat est perdu d’avance...

Le Ministère et ses administrés ont voulu appliquer aux musiques actuelles les mêmes « bonnes » méthodes et les mêmes règles que celles en cours pour le théâtre et la danse. C’est une erreur majeure. C’est tout simplement n’avoir pas compris la résonance du champ des musiques actuelles dans notre société (et particulièrement pour la jeunesse). Ce n’est pas une discipline artistique de plus, c’est un mode de vie voire un art de vivre. Il y a urgence pour l’Etat de changer son regard sur ce secteur et d’inverser la tendance récurrente de la concentration des moyens dans ces tours de Babel de la culture...

J’ai bien peur que vos éminents débatteurs, tous impliqués et mouillés dans un système dont ils tirent plus ou moins profit, ne défendent vraiment pas cette ligne d’un retour à l’action de proximité...

Dick






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