L’émergence dans la durée : un des rôles du producteur de spectacles vivants
L’accompagnement des artistes, notamment en développement, est une dynamique d’émergence à part entière.
le producteur de spectacle, un manager à part entière
Présenter un spectacle directement au public signifie pour un artiste rechercher cette reconnaissance sans laquelle la création perd sa raison d’être. Pour qu’un artiste vive de sa création, il lui faut être reconnu, il lui faut convaincre un public. Généralement, l’artiste commence à chercher un public par un contact direct avec celui-ci, au moyen de concerts. Aller vers le public nécessite une démarche économique qui va permettre à l’artiste de se positionner durablement dans son activité, et développer sur le long terme création et interprétation.
Le rôle du producteur de spectacles vivants n’est pas seulement de permettre la concrétisation d’un spectacle, à ce titre comme simple outil de promotion d’un disque, mais également d’assurer le management de l’artiste dans le cadre du développement de la carrière de celui-ci, via la scène notamment. Car la scène, école de la patience contraire au zapping consumériste, est avant tout l’expression d’un savoir-faire artisanal et très professionnel qui permet aux artistes d’exprimer tout leur talent et leur sensibilité.
Le producteur de spectacles vivants, à l’instar du producteur de phonogrammes, a en effet un rôle de découvreur de jeunes talents pour lequel il prend des risques pour permettre aux artistes de se positionner durablement dans leur activité et pour développer sur le long terme création et interprétation.
Le démarrage économique d’une carrière, long et difficile, peut également être assuré par un producteur de spectacles vivants.
Afin de compenser les difficultés qu’ils rencontraient pour suivre la carrière d’un artiste, les producteurs de spectacles ont longtemps demandé de pouvoir cumuler leur qualité de producteur et celle d’agent artistique. Les professionnels du spectacle vivant musical, assumant généralement ces deux qualités, voulaient pouvoir intervenir comme conseils reconnus des artistes en matière d’enregistrements phonographiques et de production audiovisuelle.
Cette incompatibilité a été levée, sans toutefois que les producteurs de spectacles soient autorisés à percevoir de commission pour les artistes qu’ils produisent directement.
Nonobstant cette possibilité pour le producteur de suivre la carrière de ses artistes et ainsi pouvoir rentabiliser le travail de prospection et de développement qu’il a engagé, le producteur de spectacle doit veiller à ne pas confondre ses activités. Sa responsabilité de mandataire de l’artiste pourrait en effet être engagée s’il devait trop faire primer son intérêt personnel sur celui de l’artiste.
les nouveaux talents ou artistes « en développement »
La seule définition existante pour qualifier un nouveau talent n’est pas celle fixée pour les « quotas radio ».
Le spectacle vivant musical a en effet depuis longtemps réfléchi à la définition de ce qu’est un nouveau talent - préférant en l’occurrence l’expression « artiste en développement », au travers notamment des mécanismes d’aides du Centre National de la Chanson, des Variétés et du Jazz.
Pour mémoire, l’aide à la production du CNV soutient la prise de risques en matière de développement de carrière d’artistes, de création et de diffusion de spectacles, dans tous les répertoires visés par la taxe fiscale sur les spectacles.
Cette aide, bien que consacrée à la scène, fait notamment le lien avec le disque en envisageant l’actualité discographique de l’artiste dans ces critères de recevabilité.
Ce qui démontre en l’espèce que les professionnels du spectacle vivant n’envisagent pas uniquement leur seule « paroisse » mais ont au contraire conscience que favoriser la rencontre de l’artiste et du public nécessite l’engagement de toute une chaîne, suite de partenariats indispensables.
L’aide aux premières parties, également proposée par le CNV, procède de cette même logique de favoriser l’exposition des artistes en développement en tenant compte de l’environnement professionnel global de l’artiste (maison de disque, éditeur).
Le CNV est par conséquent en mesure d’apporter une contribution active et constructive 1/ à la définition de cette notion de « nouveaux talents » qui est au cœur des préoccupations de la filière musicale mais également 2/ à une meilleure exposition de ces artistes en développement à la télévision.
Pour une dynamique d’émergence dans la durée : nécessité de construire l’avenir des entreprises du spectacle vivant musical sur des bases plus solides
Des mesures de structuration et de professionnalisation sont importantes dès lors qu’elles sont indispensables pour construire l’avenir sur des bases plus solides au regard de la fragilité du secteur des musiques actuelles. Développer de façon pérenne les entreprises de ce secteur est un impératif que les pouvoirs publics ne doivent pas ignorer mais au contraire soutenir concrètement.
La structuration et la professionnalisation des entreprises sont primordiales car les entreprises privées du spectacle vivant et notamment celles oeuvrant dans les musiques actuelles, sont confrontées à des difficultés liées :
à leur sous capitalisation structurelle.
Les entreprises de ce secteur sont en grande majorité constituées de TPE dont l’économie repose avant tout sur la billetterie, et ce malgré les aides publiques dont certaines [1] peuvent bénéficier.
Ces entreprises, notamment dans le domaine des musiques actuelles, sont sous capitalisées et risquent leur équilibre à chaque production qui ne laisse aucun actif exploitable. Nombreuses sont les entreprises qui jouent leur survie économique à chaque nouveau projet, les réussites présentes ou à venir, remboursant les échecs passés ou futurs.
En outre lorsqu’elles accompagnent un artiste en développement, elles assument un risque pour lequel elles n’ont aucune garantie d’amortissement sur le long terme, mettant en péril un équilibre financier périlleux.
Par ailleurs, la précarité et l’absence de viabilité de nombreuses initiatives économiques encouragées par l’intermittence du spectacle affaiblissent davantage l’économie du spectacle vivant.
à un manque de professionnalisation du secteur
Comment est il possible, au regard du contexte susvisé et par ailleurs du principe de la liberté de commerce, d’assurer la professionnalisation du spectacle vivant, alors même que près de 8 000 licences [2] d’entrepreneurs de spectacle sont délivrées chaque année sans parfois qu’un projet précis en justifie la demande ?
La structuration et la professionnalisation des entreprises pourraient notamment passer par l’octroi aux producteurs de spectacles vivants, notamment dans le secteur des musiques actuelles, d’un droit incorporel sur les spectacles qu’ils produisent.
Cette nécessaire protection du producteur de spectacle vivant, bien qu’étayée depuis plusieurs années par une solide argumentation juridique [3] élaborée par le Prodiss, continue de se voir opposer une fin de non recevoir de la part du ministère de la culture.
A la lumière de ce qui a été évoqué ci-avant sur la sous capitalisation structurelle des entreprises des musiques actuelles, la problématique est la suivante :
Intégré au processus industriel du disque ou du cinéma et parallèlement concurrencé par lui, le secteur du spectacle vivant musical rencontre de plus en plus de difficultés à maintenir ses particularités créatives, et à ne pas devenir un simple outil de promotion du disque ou du cinéma.
Exclu des fruits de son investissement, lors de la captation et de la commercialisation du spectacle dont il est à l’initiative, le producteur de spectacles vivants rencontre le plus grand mal à financer le renouvellement de la création, tout en devant faire face aux nouvelles formes de piraterie issues des nouvelles technologies.
Pour seule protection de sa participation à la création culturelle, il ne peut compter que sur les règles de droits communs, quand les autres producteurs (phonogrammes, vidéogrammes) pourront recourir à la protection de la propriété intellectuelle, et n’a que peu d’espoir de rentabiliser son investissement sur le long terme.
Parce qu’il est un partenaire de la création comme les autres, le producteur de spectacles vivants demande au législateur de lui faire reconnaître un droit voisin du droit d’auteur [4], de nature à lui permettre d’assurer une protection efficace de ses productions ainsi qu’une rentabilisation à long terme de ses investissements, notamment au travers des utilisations dérivées.
En sollicitant la reconnaissance d’un droit voisin du droit d’auteur, qui ne saurait, bien entendu, porter atteinte aux droits de l’auteur, les producteurs de spectacles vivants ne réclament que la juste protection de l’ordre public économique et n’entendent aucunement solliciter l’intervention de l’Etat dans les relations commerciales qu’ils nouent avec leurs partenaires.
Dès lors, la préservation efficace et durable de leurs intérêts passe par la reconnaissance d’un droit voisin du droit d’auteur, justifiée notamment par :
de grandes similitudes entre les producteurs de spectacles vivants d’une part et les producteurs de vidéogrammes et de phonogrammes d’autre part, qui bénéficient d’un droit voisin ;
la situation économique fragile du secteur du spectacle vivant, souvent réduit à devenir un simple outil de promotion du disque ou du cinéma, tout en devant faire face aux nouvelles formes de piraterie.
Les producteurs de spectacles vivants ne demandent aucunement un droit pour les producteurs de spectacles vivants à une quote-part de la rémunération équitable et de la rémunération pour copie privée, leur demande reposant uniquement sur le seul droit d’autoriser ou d’interdire toute fixation, reproduction ou communication au public des spectacles qu’ils produisent.
Il est par ailleurs important de souligner que deux pays de l’Union Européenne ont accordé une protection légale à « l’organisateur de spectacles » quant aux utilisations dérivées de ses productions (Allemagne et Autriche).
Le métier de producteur étant la clé de voûte du spectacle vivant musical, la reconnaissance législative pour les producteurs de spectacles vivants du droit d’autoriser ou d’interdire toute fixation, reproduction ou communication au public des spectacles qu’ils produisent, est par ailleurs le préalable indispensable au positionnement pérenne du spectacle vivant musical 1/ dans la filière musicale et plus largement 2/ dans les relations avec le secteur audiovisuel.
En sollicitant la reconnaissance du droit pour les producteurs de spectacles vivants du droit d’autoriser ou d’interdire toute fixation, reproduction ou communication au public des spectacles qu’ils produisent, qui ne saurait, bien entendu, porter atteinte aux droits de l’auteur, les producteurs de spectacles vivants ne réclament que la juste protection de l’ordre public économique et n’entendent aucunement solliciter l’intervention de l’Etat dans les relations commerciales qu’ils nouent avec leurs partenaires.
Ce serait là une solution pour extraire tout un pan du spectacle vivant de l’économie factice dans laquelle ce secteur s’inscrit depuis de nombreuses années. Comme le préconise le rapport Guillot, cela permettrait « de placer au cœur d’un système pérenne » le « développement de formes d’emplois moins précaires et des structures plus solides ».
L’examen du projet de Loi sur les droits d’auteurs et droits voisins dans la société de l’information commençant normalement courant octobre à l’Assemblée Nationale, il est désormais temps de faire droit à une demande que de nombreux professionnels mais également des parlementaires [5] estiment légitime, et ce avant que les ondes de choc de la crise du disque n’atteignent notre secteur.
Réflexions du Prodiss