mercredi 5, jeudi 6 et vendredi 7 octobre 2005 à Nancy
Nous sommes le 9 septembre 2010 - mis à jour : 9 octobre 2006

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Conférence : « Les logiques de la formation professionnelle initiale et continue »

Organisée par le CNV

Les enjeux de la formation professionnelle initiale et continue

Le contexte social a mis en évidence la question de la place à la fois faible et omniprésente qu’occupe la formation notamment dans le secteur des musiques actuelles.

Dans notre secteur, la professionnalisation des salariés repose plus sur des mécanismes de relations, de réseaux, de compagnonnage que sur des actions de formation instituées.

C’est la place, le rôle même de la formation, sous ses différentes formes qu’il s’agit de valoriser, renforcer, structurer, et cela dès l’entrée dans les professions.

Comment les nouveaux textes sur la formation (formation continue et apprentissage) peuvent-ils permettre aux musiques actuelles de répondre aux enjeux de professionnalisation, d’entrée, d’accompagnement tout le long du parcours professionnel et de reconversion qui sont au cœur des préoccupations de ce secteur ?

Intervenants :
-  Colette Chardon, Présidente de l’AFDAS, administratrice du CNV
-  Christiane Bruère Dawon, Directrice Générale de l’AFDAS
-  Bernard Gourinchas, Président de l’AFASAM (apprentissage)
-  Marc Slyper, administrateur du CNV, président de la commission « Structuration et développement professionnel ».


LES ENJEUX DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE INITIALE ET CONTINUE DANS LES MUSIQUES ACTUELLES

Avant toute chose je tiens à préciser ce que recouvre pour moi le terme de musiques actuelles.

Pour ce faire, je vais reprendre la définition qu’en donne le Centre National des Variétés dans le guide méthodologique qu’il vient d’éditer concernant les lieux de musiques actuelles à construire ou à réhabiliter.

L’intitulé de « musiques actuelles » est avant tout une commodité de langage permettant de regrouper des genres musicaux variés, que l’on peut décliner en multiples répertoires : la chanson, le jazz, le rock et toutes ses déclinaisons, le rap, le reggae, le hip hop, les musiques traditionnelles et électroniques, toutes familles confondues, et bien d’autres encore.

Historiquement, le secteur dont il est ici question a également été identifié sous l’appellation de « variétés », et c’est d’ailleurs ce terme qui est le plus souvent employé dans un certain nombre de textes officiels, à portée fiscale ou sociale.

Tout cela pour dire que lorsque je parle de formation dans les musiques actuelles je m’adresse à l’ensemble des structures concernées : sociétés commerciales ou associations qu’elles ressortent du privé, du public ou de l’économie sociale et solidaire et à tous les salariés du secteur : les artistes, les techniciens, le personnel administratif au sens large, les formateurs ou les accompagnateurs, à condition de préciser pour ces derniers ce que recouvre exactement le terme.

etc. Pour enfoncer encore plus le clou, quand je parle de formation professionnelle continue ou initiale dans les musiques actuelles je me sens aussi concernée par les besoins du show biz et de ses grandes tournées, que par les besoins du secteur plus axé sur l’émergence ou l’action culturelle. Pour moi, il n’y a pas de « sous salarié ».

Ceci étant dit, on peut constater que le contexte social a mis en évidence la question de la place à la fois faible et omniprésente qu’occupe la formation notamment dans le secteur des musiques actuelles.

Dans ce secteur composé essentiellement de très petites structures dont au moins les ¾ sont sous forme associative, les entreprises ne jouent de fait qu’un faible rôle en la matière, de par leur petite taille qui fait qu’elles n’ont pas de gestionnaire en ressources humaines, de par le caractère souvent cyclique de leur activité, de par le recours important à l’intermittence ou bien encore et malheureusement de par tout simplement la précarité des structures et des emplois concernés.

Pour ce qui concerne les musiciens, si aujourd’hui on commence à admettre que le talent se travaille, y compris dans les musiques actuelles, cela n’était pas le cas il y a encore quelques années. Pour pallier l’absence de reconnaissance de leur enseignement par l’institution, les musiques actuelles ont su générer leurs propres formes d’enseignement. Elles ont ainsi développé des offres opportunes et adaptées aux pratiques des amateurs autant qu’à celles des musiciens professionnels ou en voie de professionnalisation.

Mais nous savons qu’il reste encore beaucoup à faire et là encore le contexte socio économique a mis en évidence la nécessité de mieux organiser les filières de formation et d’insertion professionnelle. Et je reprends à mon compte les questions qui ont été posées dans l’un des ateliers intitulé « carrières d’artistes : quelles formations ? » du colloque organisé par la Fédération Nationale des Ecoles d’Influence Jazz et Musiques Actuelles les 19 et 20 mai à Toulouse : quels sont les métiers, les emplois, les carrières d’artistes ? Comment prépare-t-on les candidats à l’activité professionnelle dans le domaine des musiques actuelles ? quels types de formation continue peuvent être proposées aux artistes professionnels ? comment s’expriment les besoins de la profession ? comment croisent-ils les propositions des organismes de formation ? La formation est une part importante des activités des artistes. Elle est devenue un secteur à part entière : comment s’organise le lien avec les autres branches du secteur d’activité, et plus particulièrement avec celles du spectacle vivant et de l’édition phonographique ?

En bref, comment faire émerger les besoins en formation et y répondre de manière satisfaisante pour cette population qui constitue la plus importante population artistique du spectacle vivant avec 35 300 artistes. Parmi eux, 35% ne toucheraient pas d’indemnisation chômage (donnée ANPE 2003).

Mais parlons également d’une population particulièrement oubliée dans les débats des différents acteurs des musiques actuelles, à savoir les techniciens.

Dans notre secteur, bien souvent, la professionnalisation de ces salariés repose plus sur des mécanismes de relations, de réseaux, de compagnonnage que sur des actions de formation instituées.

Des stages souvent de qualité existent... mais essentiellement destinés au théâtre, même si l’offre de formation pour les musiques actuelles semble devenir plus importante.

Il est à noter quand même que les quelques organismes qui maillent le territoire sont bien souvent aux mains du théâtre et notamment du théâtre privé. A tout le moins, l’existant ne suffit manifestement pas pour maintenir à niveau l’ensemble des techniciens à une époque où les techniques évoluent très vite.

La connaissance des nouveaux matériels proposés par les fournisseurs, leur compatibilité, leur évolution, leur pertinence par rapport à tel ou tel type de lieux, de spectacles, etc est un défi permanent. Les revues professionnelles, les salons les contacts entre collègues ne suffisent plus, même s’ils sont essentiels.

L’offre de formation continue des techniciens insérés sur le marché du travail est parfois considérée par les intéressés comme mal adaptée de par ses modalités de mise en œuvre... durée des stages, mélange de publics, etc.

Par ailleurs, l’un des enjeux à venir est de travailler sur le maintien ou le retour dans l’emploi de salariés fragilisés en raison d’un déficit de qualification, de compétences inadaptées, de blessures ou d’incapacité physique, ou encore, de leur vieillissement.

Enfin, se pose également la problématique de la formation initiale dans notre secteur et de l’entrée dans la profession où l’expérience professionnelle demeure le principal critère de recrutement.

Or, si la culture du milieu du spectacle vivant a longtemps privilégié la formation « sur le tas » estimant que leurs métiers étaient trop particuliers pour être appris à l’école, l’attrait que ce secteur présente pour des jeunes, et, de ce fait, l’afflux des demandeurs d’emplois non qualifiés pose aujourd’hui un problème structurel.

La valorisation des diplômes et le développement de certaines formations initiales qualifiantes bien ciblées sont devenus un enjeu important pour le futur, y compris pour contribuer à réguler le marché du travail.

Pour ne pas être trop longue, je ne parlerai pas des autres catégories de salariés visées par la formation professionnelle (étant entendu que nombre de problématiques sont communes aux uns et aux autres), mais nous savons que là aussi un travail de fond est à prévoir.

A tout le moins, il convient très vite de mettre en place une politique sociale visant à permettre aux salariés de progresser effectivement dans leur carrière en les incitant à construire des parcours qualifiants, à prévenir au maximum les risques d’exclusion du marché du travail, et, à permettre en cas de nécessité un changement d’activité professionnelle.

N’oublions pas également les entreprises dont on devra à terme renforcer le fonctionnement, en développant des outils d’accompagnement en amont de leur création. Il conviendra également de contribuer à la formation des chefs d’entreprise et à la pérennisation des très petites entreprises.

En effet, on ne peut pas à terme construire et pérenniser une véritable politique d’emploi et de formation dans un secteur où l’éclatement et l’émiettement au niveau des entreprises en dit long sur la fragilité économique du secteur.

On peut même parler d’une précarité commune aux salariés et aux entreprises qui tous deux font l’objet d’un turn over important.

On voit bien que les enjeux sont d’importance. Il s’agit maintenant de voir s’il en existe d’autres et surtout de se demander comment le secteur peut répondre dans les mois à venir aux défis qui lui sont lancés.

Mais avant de citer les outils qui peuvent nous permettre d’avancer sur le bon chemin, je rappellerai une chose essentielle. En France, les problématiques d’emploi et de formation ressortent de la compétence des partenaires sociaux, c’est-à-dire des organisations d’employeurs et de salariés. Citons à cet égard, Gérard Larcher, Ministre Délégué à l’Emploi, au Travail et à l’Insertion Professionnelle des Jeunes qui, le 29 septembre dernier, a affirmé devant le Ministère de la Culture et les partenaires sociaux que (je cite) : la mise en place d’une politique cohérente de l’emploi culturel nécessite aussi une implication forte des partenaires sociaux du secteur du spectacle. Car c’est d’abord aux partenaires sociaux qu’il revient de définir les conditions de travail et d’emploi et leur mode de régulation, au travers d’un effort dans la structuration des champs des conventions collectives. Bien entendu, il convient de lier politique de l’emploi et politique de formation.

Or, on peut s’apercevoir que ces organisations sont bien souvent exclues des débats concernant l’emploi et la formation et que la Drac ou la collectivité du coin préfèrent inviter tel ou tel réseau, telle ou telle personne qualifiée ou bien encore tel sociologue à la mode qui sait tout sur nos professions.

C’est occulter cette compétence des partenaires qui lui est donnée par le code du travail, c’est oublier que ces partenaires sociaux siègent dans les instances qui travaillent sur ces problématiques et surtout c’est également oublier le fait que lesdits partenaires sociaux signent des accords qui vont engager les branches concernées. Les partenaires sociaux, ce n’est pas sexy , c’est souvent un peu casse pieds, mais ils s’engagent et ils engagent de manière collective.

Alors bienvenue aux réseaux, aux personnes qualifiées, aux sociologues de tout poil, mais par pitié n’oublions pas ces acteurs essentiels à condition bien sûr qu’ils soient vraiment représentatifs.

Mais revenons aux principaux outils existants. Ils sont au nombre de cinq : le CNV - Centre National des Variétés -, la Commission Paritaire Emploi Formation du Spectacle Vivant (CPNEFSV), l’Observatoire Prospectif des Métiers et des Qualifications, l’AFDAS et l’AFASAM.

1- LE CNV :

Le Centre National des Variétés est un Etablissement Public Industriel et Commercial sous tutelle du Ministère de la Culture.

Il a pour mission le soutien au spectacle vivant dans le secteur des variétés et des musiques actuelles, à partir des fonds collectés par la perception de la taxe sur les spectacles de variétés.

En 2004, le montant de la taxe perçue par le CNV s’est monté à 13,3 millions d’Euros. Cette taxe a été versée par 2 857 redevables. 10,3 Euros d’aides ont été attribuées, représentant 602 décisions d’attribution au profit de 363 structures différentes : producteurs, salles, festivals, actions d’intérêt général, etc).

Cet établissement doit signer un contrat de performance avec l’Etat.

Dans le cadre de ses missions d’intérêt général, le CNV doit développer un centre de ressources.

Le premier travail de ce centre de ressources sera de lancer, dans les tous prochains mois à venir, une enquête annuelle à caractère économique et social auprès des entreprises du secteur.

Etroitement concertée avec les organisations professionnelles du secteur, dans le cadre d’un comité de pilotage à installer, cette enquête supposera la mise en place de questionnaires spécifiques, bon nombre d’entreprises de spectacles, ne limitant pas leurs activités au seul domaine des variétés.

Les données recueillies et traitées devront contribuer à une information de plus en plus précise en termes notamment d’emplois et nous permettre de nous éclairer sur un certain nombre de données pouvant intéresser la mise en place d’une politique sociale dans notre secteur.

Il s’agit donc d’un chantier très important, pour ne pas dire prioritaire.

Le CNV a également des responsabilités en matière de formation. Marc Slyper, Vice Président et Président de la Commission « Intérêt Général » développera cet aspect particulier tout à l’heure.

2- LA COMMISSION EMPLOI FORMATION DU SPECTACLE VIVANT : CPNEFSV :

Cette Commission a été créée en 1993 par les partenaires sociaux du spectacle vivant. Elle est transversale à toutes les composantes du spectacle vivant, théâtre, danse, arts du cirque, lyrique, musique, publiques ou privées.

Elle a pour mission d’étudier et de proposer les instruments propres à assurer le développement et la sécurité de l’emploi, d’améliorer sa connaissance, mais également de promouvoir la qualification et la formation professionnelle.

C’est un lieu de concertation, de débats, de réflexions et de préconisations. Il s’agit, en effet, au-delà des logiques et des spécificités sectorielles, d’aller dans le sens d’une structuration globale, de définir une politique à caractère transversal, ce qui ne l’empêche pas de prendre en compte les besoins spécifiques des uns et des autres : c’est ainsi qu’un groupe de travail concernant plus précisément les musiques actuelles sera mis en place dans les semaines à venir.

Dans le cadre de ses missions, la CPNEFSV a instauré des partenariats pérennes avec les Ministères de la Culture et du Travail, mais aussi avec l’AFDAS, l’ANPE Spectacles , le CNV, etc.

Elle a élaboré en 2004 un schéma d’orientation prospectif qui a pour objet d’encadrer les travaux de la CPNEFSV dans les prochaines années et qui s’articule autour de quatre axes de travail stratégiques complémentaires visant à renforcer le lien emploi/formation, à améliorer la qualification et l’insertion des salariés, à pérenniser les entreprises et à développer leur compétence de gestion.

3- L’OBSERVATOIRE PROSPECTIF DES METIERS ET DES QUALIFICATIONS :

Par accord de branche, les partenaires sociaux du spectacle vivant viennent de mettre en place un Observatoire Prospectif des Métiers et des Qualifications qui sera piloté par la CPNEFSV et géré par l’AFDAS.

La prospective des métiers intéresse tous les acteurs de la vie économique, au niveau collectif (état, région, branches, entreprises), mais également au niveau individuel (formation initiale, formation continue, mobilités professionnelles).

Il s’agit de mieux appréhender les évolutions de l’emploi et des métiers dans un contexte de transformations du marché du travail, des organisations et de l’environnement économique ; d’éclairer les parcours professionnels possibles des individus et, enfin, d’anticiper les besoins en compétences et en renouvellement de la main-d’œuvre.

Dans notre secteur, il conviendra par exemple d’analyser l’impact des facteurs économiques liés par exemple à la crise du disque ou à l’implication de plus en plus forte des grands médias dans les musiques actuelles. Il conviendra également de se pencher sur les facteurs technologiques ou les facteurs culturels et sociaux.

Tout cela peut paraître abstrait et ésotérique, mais cette démarche prospective nous aidera à répondre de manière concrète aux besoins des Musiques Actuelles en termes d’évolution des métiers et d’apporter des solutions idoines.

Voilà pour les outils qui sont plutôt des outils de réflexion, d’étude, d’information ou bien encore d’élaboration et de fournisseur de données.

Passons maintenant aux organismes qui concrètement jour après jour répondent aux demandes des entreprises et des salariés, étant bien entendu que l’ensemble des organismes doivent travailler ensemble et en parfaite complémentarité afin d’être parfaitement à même de répondre aux besoins d’emploi et de formation. Ces mêmes organismes devant également dialoguer et travailler avec les principaux centres de formation reconnus par la profession.

En tout seigneur, tout honneur, je passerai en premier la parole à l’AFDAS représentée par sa Directrice Générale, Christiane Bruère Dawson, puis à Bernard Gourinchas, Président de l’AFASAM. Marc Slyper terminera en nous présentant les actions du CNV en matière de formation professionnelle.

Avant de laisser enfin la parole, je voudrais simplement préciser que pour ce qui concerne l’AFDAS, cet organisme paritaire joue et doit continuer à jouer un rôle moteur notamment dans le spectacle vivant grâce aux systèmes de mutualisation des moyens qui ont été mis en place mais aussi grâce à ses mission de gestion des actions de formation, de conseil et d’études.

Il en est de même pour l’AFASAM (Association pour la Formation en Alternance dans le spectacle vivant, l’audiovisuel et le multimédia) qui doit également jouer un rôle majeur dans les années à venir en développant l’apprentissage... mais encore faut il que cet organisme ne concerne pas uniquement le théâtre au niveau du spectacle vivant. Mais cela est sûrement dû à l’histoire et à la jeunesse de cet organisme qui a été créé le 12 juillet 2001.

Intervention de Colette Chardon
au ForuMa le 6.10.2005.



Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) : du droit individuel à l’atout collectif 22 septembre 2005


Compte-rendu de la journée d’information sur la formation professionnelle continue dans le spectacle vivant 22 septembre 2005



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