Comment évolue le secteur des musiques actuelles ? En quoi transforme-t-il le champ culturel en France ? Quelles sont ses spécificités ?
comment maintenir le cap et quelles nouvelles perspectives pouvons-nous poser ?
Ce que les musiques actuelles ont apporté se résume en quelques points :
Elles ont replacé la scène au centre du dispositif musical, à la différence des périodes antérieures où les musiques de variété n’existaient que par les média (disque, radio, tv, presse...). L’authenticité se mesure davantage à la performance scénique.
Elles ont restauré l’unicité de l’artiste en tant qu’auteur-compositeur-interprète, renforçant la singularité des démarches et remettant en cause la division du travail artistique propre aux variétés.
Elles ont ouvert l’offre culturelle à l’international, en intégrant le circuit des clubs français à un réseau beaucoup plus global, comme une mondialisation positive.
Elles ont construit un espace intermédiaire vivant, qui ne se résume ni à une pratique locale de reproduction de modèles importés (musique d’ambiance, reprises de café-concert...) , ni au formatage des grands média qui standardisent le goût. Cet espace intermédiaire a réintroduit du savant dans le populaire et recomposé une dialectique entre les deux termes. Les lieux et festivals jouent un rôle prescripteur. C’est-à-dire qu’ils assument leur rôle de médiateur actif en faisant des choix qui ne sont pas imposés de l’extérieur et qui leurs confèrent une autonomie. Une nouvelle génération d’artistes a émergé de ce milieu et stimulé la production discographique. Une proportion plus grande de la population fréquente désormais les concerts et entretient un rapport vivant à la musique par la pratique instrumentale, la constitution d’itinéraires esthétiques personnels.
Elles ont introduit de la démocratie dans la république. En rupture avec le modèle de l’Etat central éducateur et normatif, les musiques actuelles ont réhabilité les cultures populaires, légitimé les pratiques amateurs, rétabli le goût comme acte positif et construction de soi.
Ces évolutions, accompagnées par des médias de qualité, l’ouverture d’esprit de producteurs et de distributeurs discographiques, ont permis de mieux assumer l’innovation musicale. On peut assumer l’idée que tous les artistes ne sont pas destinés à devenir des superstars mais que certaines formes de radicalité sont légitimes et font avancer le propos.
Une fois posées ces évolutions positives des deux dernières décennies, la question est : comment maintenir le cap et quelles nouvelles perspectives pouvons-nous poser ?
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22 juin 2005, par dröne
Sans vouloir faire de mauvais esprit, j’ai du mal à être convaincu par ce riant panorama. Pourriez-vous préciser, afin qu’une discussion puisse s’ouvrir, sur quels indicateurs vous vous basez pour brosser un tableau aussi mirifique ?
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27 juin 2005, par jc aplincourt
Il ne s’agit pas d’un regard critique et distancié mais d’une parole d’acteur impliqué dans son champ depuis plus de quinze ans avec un un vrai rapport entre le "dire" et le "faire". Mes arguments ne visent pas à rendre le monde plus beau qu’il n’est mais à définir des critéres d’observation, voire des indicateurs qualitatifs.
Les indicateurs n’étant jamais des données brutes et objectives, il nous appartient de les construire en fonction de valeurs. Ce à quoi je m’emploie.
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28 juin 2005, par dröne
Certes, mais vous ne répondez pas à ma question : je ne vois aucun indicateur qui permettrait d’affirmer ce que vous affirmez plus haut. Etant également un"acteur", je ne pense pas poser uniquement un regard distancié, même si ça me semble bien souvent nécessaire.
C’est un peu facile de dire "j’ai vécu ça, donc ce que je dis est vrai" : ça s’appelle un argument d’autorité. Par indicateur, je ne veux pas forcément parler de chiffres ou de statistiques, mais de quelque indice que ce soit qui reposerait sur autre chose que votre seul jugement. Ne serait-ce que quelques exemples : je ne vous demande pas de rédiger une thèse en sociologie de la culture !
Disons qu’un peu plus de nuance rendrait vos propos plus facile à suivre, et à croire. Parce que, quand même, vous nous assénez de telles certitudes ! Dire que "les musiques actuelles [...] ont replacé la scène au centre du dispositif musical, à la différence des périodes antérieures [...]" ne va pas de soi, de même que dire "Elles ont restauré l’unicité de l’artiste en tant qu’auteur-compositeur-interprète, renforçant la singularité des démarches et remettant en cause la division du travail artistique propre aux variétés. " est loin d’être évident.
De quelles musiques "actuelles" faites-vous le portrait ? De même, sur la question du formatage qui serait dû aux médias, il y aurait des nuances à apporter : moi qui vient de la scène électronique, je peux vous dire que le formatage de certains domaines de la techno (disons le hard core/hard tek, et aujourd’hui celui de certaines branches de l’electronica) est parfois aussi pesant que celui de la variété internationale. Et comme je suis un vieux ronchon, ayant vécu la période punk, mais étant également passé par le jazz et diverses formes de rock industriel, je n’ai vu ces 30 dernières années qu’une longue suite de formatages/déformatages/reformatages dans chaque courant musical que j’ai pu traverser. Du coup, votre affirmation relève de ces constats "globalements positifs" qui demanderaient à être autrement étayés que par la seule affirmation d’un point de vue d’acteur.
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5 juillet 2005, par jc aplincourt
Soit, je vais développer les deux points que vous interrogez.
"Elles ont replacé la scène au centre du dispositif musical, à la différence des périodes antérieures où les musiques de variété n’existaient que par les média (disque, radio, tv, presse...). L’authenticité se mesure davantage à la performance scénique."
Je me référe effectivement à la scène rock et aux musiques amplifiées en général. Le moment unique, non reproductible, le vécu collectif, visuel, sensoriel, gestuel, musical, imparfait, surprenant est propre au concert. Le disque ou le clip ne sont au concert que ce que la carte postale est au tableau, un produit dérivé. Il faudrait nuancer et reconnaître toute la valeur d’une production sonore intelligente, qui ferait parfois passer le concert pour une régression. Disons donc que les musiques actuelles ont déplacé le curseur vers le concert. A tel point que les télévisions et les radios captent désormais des concerts, font jouer les artistes en live et non plus en play back. Le statut des artistes tient aussi à leur présence sur le territoire et pourrait se mesurer autant en audience live qu’en passages média ou en vente de disques ou téléchargement.
"Elles ont restauré l’unicité de l’artiste en tant qu’auteur-compositeur-interprète, renforçant la singularité des démarches et remettant en cause la division du travail artistique propre aux variétés."
L’autonomie des musiques actuelles tient au fait qu’elles n’ont pas renoncé à elles-mêmes contrairement aux variétés qui ne veulent que plaire. Les musiques actuelles sont écrites composées et interprétées par des individus qui ne sont pas toujours beaux, ni techniquement irréprochables et c’est ceux-là qui changent le paysage, subvertissent les usages, ouvrent des portes (de Bob Dylan à Aphex Twin par exemple). Pour autant ces artistes n’ont pas renoncé au monde, ils sont séculiers.
Quant au conformisme que vous dénoncez dans certains genres électroniques, il n’est probablement pas imputable aux média mais aux mouvements de balancier et aux modes. L’innovation se diffuse et se banalise jusqu’à la prochaine vague qui invente sa propre pertinence.