mercredi 5, jeudi 6 et vendredi 7 octobre 2005 à Nancy
Nous sommes le 3 septembre 2010 - mis à jour : 9 octobre 2006

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Concertation nationale pour les musiques actuelles
Propositions pour des schémas territoriaux de développement des musiques actuelles

La Concertation nationale pour le développement des musiques actuelles

La Concertation nationale pour le développement des musiques actuelles (CNMA) s’est constituée, en mars 2004, sous l’égide du ministère de la Culture et de la Communication (DMDTS - Direction de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles), suite à la demande de la Fédurok - fédération de lieux de musiques amplifiées / actuelles et de la FSJMI (Fédération des Scènes de Jazz et de Musiques improvisées). Celles-ci souhaitaient voir les problématiques de leurs lieux traitées dans le cadre d’une réflexion élargie au développement des musiques actuelles, dans une dimension territoriale et sectorielle.

A la demande des deux fédérations, l’ensemble des organisations professionnelles (réseaux, fédérations et syndicats d’employeurs et de salariés) et des associations d’élus (ARF / Association des Régions de France et FNCC / Fédération des Collectivités Territoriales pour la Culture notamment) ont été progressivement associées pour travailler sur l’élaboration d’un outil de définition de politique publique dans le champ des musiques actuelles, pour le moment intitulé « schéma territorial de développement des musiques actuelles ».

Sa finalité est de proposer aux acteurs et porteurs de projets, aux collectivités territoriales et à l’Etat, un cadre méthodologique qui permette de se doter sur un territoire déterminé :

-  d’une compréhension partagée du secteur,
-  d’une analyse des réalités des pratiques et des besoins,
-  d’un état des initiatives, outils et ressources,
-  d’une formalisation et d’une harmonisation des réponses publiques.

Face au besoin de répondre de manière transversale aux problématiques du secteur (diversité culturelle, création, éducation artistique, développement culturel, économie, emploi, industries du disque et des médias...), la Concertation nationale a commencé à s’emparer de sujets déterminants par le biais de sous-groupes de travail, par exemple « l’emploi et l’économie des entreprises » et « les pratiques amateurs ».

Le travail de rédaction du cadre méthodologique est accompagné par l’Observatoire des Politiques Culturelles de Grenoble et a donné lieu à un premier document provisoire d’étape présenté plus largement (élus, acteurs...), le 10 juin 2005 à Bordeaux. Afin de donner une lisibilité des travaux entamés à tous les acteurs concernés, le site du ForuMa (Forum national des musiques actuelles qui se déroulera les 5, 6 et 7 octobre 2005 à Nancy) intègre les premières propositions soumises à discussion.

L’objectif est d’aboutir à un document finalisé d’ici la fin 2005.

La Concertation nationale tend à devenir un outil permanent permettant de traiter concrètement de sujets de fonds permettant une structuration cohérente des musiques actuelles ainsi qu’à accompagner et relier les concertations territoriales (régions, départements, agglomérations...) qui seraient mises en oeuvre dans l’avenir.

Contact de l’animation de la concertation nationale pour le développement des musiques actuelles : André Cayot, conseiller technique aux musiques actuelles à la DMDTS / ministère de la Culture et de la Communication : 01 40 15 80 00.

Participants à la Concertation Nationale pour le développement des Musiques Actuelles :

SYNDICATS :
-  FNSAC CGT
-  Prodiss
-  Synapss
-  Syndeac
-  MMFF

FEDERATIONS :
-  Afijma
-  FAMDT
-  Fanfare
-  Fédurok
-  Férarock
-  Fneijma
-  FSJMI
-  Réseau Chaînon
-  Technopol
-  Zone Franche

COLLECTIVITES TERRITORIALES :
-  FNCC
-  ARF
-  Association des DAC GVF

ORGANISMES PROFESSIONNELS :
-  CNV
-  Irma
-  OPC
-  PRMA Pays-de-la-Loire
-  PRMA Nord-Pas-de-Calais
-  PRMA PACA
-  CPNEF-SV
-  Schémas dept. Ens.mus

ETAT :
-  DRAC Aquitaine
-  DRAC Basse Normandie
-  CMD Drac Ile-de-France
-  CMD Drac-Midi-Pyrénées
-  CMD Drac Pays-de-Loire
-  DMDTS CAA
-  DMDTS CAA
-  DMDTS conseiller MA
-  DMDTS Secrétariat


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Document de travail au 8 juin 2005




Réaction

> Concertation nationale pour les musiques actuelles
20 juin 2005, par Administrateur

En lisant votre littérature à propos des "musiques actuelles", et notamment les questions politiques, je me demande si NOUS SOMMES NOUS BIEN COMPRIS ?

L’institutionnalisation progressive des musiques amplifiées au titre de leur émergence repose sur une volonté, visiblement partagée, des représentants organisés de ce secteur et des décideurs publics "éclairés", de les faire entrer dans le jeu culturel et artistique tel qu’il s’applique à notre création et à notre patrimoine national. On appelle ça la reconnaissance.

Or, il ne s’agit pas de ça, et j’ai l’impression que de plus en plus de gens témoignent de leur malaise vis-à-vis de ce processus. Il me semble que ces musiques, mêmes actuelles, ne demandent pas à constituer le sixième cercle de la diaspora culturelle. Au contraire, et comme elles l’ont toujours fait depuis leurs origines ancestrales, elles ne font que témoigner, en tant qu’art populaire, de la réalité de notre société et des tensions (vibrations) qui l’animent.

Qu’il soit connu, anonyme ou collectif, c’est bien là le rôle de l’artiste (qui est en chacun de nous), et à plus forte raison de pratiques artistiques massives (mêmes onomatopesques, binaires, festives et déjantées).

Cette "culture" n’a donc pas vocation à intégrer la société, ses règlements et ses diplômes. Elle ne cherche qu’à la changer (ou, au minimum, le rapport que l’individu "dominé" entretient avec elle).

Ainsi, si vous voulez absolument travailler à sa "structuration", merci de l’envisagez avant tout comme un espace d’harmonisation dont il semble qu’un nombre important de gens se soient déjà emparés.

Partageons nos bruits et nos odeurs ; il fera chaud le 21 juin, et espérons qu’il ne pleuve pas à Nancy...

Clotilde Turru




    > Concertation nationale pour les musiques actuelles
    25 juin 2005, par dröne

    J’approuve tout à fait les remarques de Clotilde Turru concernant la visée nécessairement "subversive", ou pour faire plus soft, disons "critique", des musiques dites "actuelles". Du moins, tel devrait être l’enjeu de toute pratique culturelle un peu concernée par sa dimension politique : créer du lien social et non se complaire dans la "structuration" de pôles d’excellence, interroger les rapports sociaux et non se contenter de rejoindre le marché du disque, construire sur le long terme des dynamiques de prises de risques intellectuels et artistiques et pas forcément s’engager dans la voie de la professionalisation et de l’institutionnalisation.

    Si la musique devait se résumer à une succession de notes organisées selon un certain rythme, et si cette succession de notes n’avait pour enjeu que de créer des emplois au sein de territoires quadrillés par la puissance publique, les plus grande avancées créatrices du XXème siècle n’auraient sans doute jamais eu lieu. C’est pourquoi la musique ne peut pas faire abstraction d’une réflexion politique (au sens large : la politique des partis est à l’idéal politique ce que le petit bout de la lorgnette est au téléscope Hubble).

    Le lexique des textes qui circulent sur ce forum, quand ils sont produits par des technocrates de la culture, n’est pas anodin : il est le symptôme de ce qui se pense dans les sphères du pouvoir, et qui ne se résume pas aux pouvoirs exercés par les tutelles : le pouvoir, comme l’enfer, c’est les autres. Tous les autres. Pas seulement les autres "d’en haut", mais bien l’enchassement de tout un chacun dans des échelles de légitimités et de co-décision, de "co-construction du sens" pour reprendre une tarte à la crème rhétorique en vogue en ce moment. Ce que nous révèle ce lexique, c’est la présence continuelle d’une intention de "structuration" à marche forcée d’un secteur qui n’a pas eu besoin de structuration pour émerger.

    Aujourd’hui, l’émergence n’est tout simplement plus supportable : elle doit être "structurée" par le politique, par les syndicats, par toutes ces instances de parasitage de la culture qui sont autant de sphères autonomisées, lobotomisées par les enjeux de la concurrence et de l’exercice, local ou national, de micro-pouvoirs enchassés les uns dans les autres, interdépendants y compris quand ils se dénoncent les uns les autres. Mais ces forces structurantes ne sont pas créatrices ! Elles se contentent de "structurer" à coups d’organigrammes, et à grand renfort d’un lexique issu de la culture d’entreprise. Or, les mots ont des effets : les mots sont des catégories de la pensée et induisent des représentations, des habitus, qui se convertissent nécessairement dans des "dispositions" à agir, et dans des actes.

    Parler c’est déjà agir. D’où, sans doute, le malaise évoqué par Clotilde : les mots de ce forum, ceux qui en déterminent les cadres tout comme ceux de certains des posts qui s’y inscrivent, mais sans doute aussi les mots prononcés ailleurs, dans les médias, ou dans les textes de cadrages issus de la tutelle, préfigurent ou sont les indices de forces qui n’ont rien à voir avec la création vive, avec la fraicheur des premiers matins d’un art engagé dans la lutte contre les pouvoirs abusifs ou contre les fausses évidences du sens commun.

    Et pourtant, il ne s’agit pas d’opposer des institutions supposées "lourdes et contraignantes" à des individus "libres et indépendants" : ce serait bien trop simple ! Il s’agit, et c’est ce que je comprends dans la réponse de Clotilde, d’inviter les institutions à se rappeler qu’elles sont généralement issues d’utopies, ce que leurs acteurs voudraient bien oublier au profit d’un pragmatisme et d’un relativisme qui sont devenus les fondements de la culture technocratique de ceux qui pilotent ces institutions. Il s’agit, symétriquement, de rappeler aux acteurs des musiques dites "actuelles" que l’enjeu de toute production artistique est d’interroger les rapports de production, de les mettre en scène, et non de se contenter de se placer benoîtement sous les robinets à finances en prenant la pose des "alternatifs" : la collusion des milieux "alternatifs" avec les institutions est trop souvent évidente pour ne pas poser de sévères questions à nos schémas mentaux issus de ce bon vieux rock’n’roll. Quid de la rébellion adolescente quand un collectif de musique actuelle se produit dans une Smac en bénéficiant de subventions d’une Drac ? Quid de l’interrogation des rapports de productions dans les nombreux festivals de musique électronique qui servent le plus souvent de vitrine publicitaire à l’action culturelle des maires des villes en concurrence pour l’attractivité des cadres dans leur région ?

    Mais je vais bien entendu être traité de "marxiste" sur le retour... Non, désolé, je n’ai même jamais été tenté ! Mais je sais par ailleurs qu’en ce moment, au ministère, là où se dissinent nos futurs (ou notre passé...), l’antienne est à la "démarxisation" et à la "désidéologisation". Sous entendu : quiet sound dans les villes, que les lycéens se contentent de passer leur BAC, que la culture et le savoir se contentent de servir l’innovation technologique au profit du marché des NTIC, que les syndicalistes continuent à étouffer tous les mouvements sociaux, que les universitaires continuent à soutenir de leurs platitudes la vulgarité de la pensée des technocrates de Bercy, bref, que la chappe de plomb des idéologies sécuritaires et libérales fasse fermer leurs grandes gueules aux "sauvageons" de la culture.

    Il y a tout ça dans le "malaise" dont parle Clotilde, et je partage ce malaise. Je le partage même d’autant plus qu’intervenant à la fois dans le domaine des pratiques musicales amateurs (musique électronique) et étant dans le même temps universitaire, j’en vois les effets et les causes dans ces deux champs : la culture et le savoir sont malades et les causes et effets du malaise y sont très proches. Les causes se résument assez simplement, et en première analyse, par le refus de laisser émerger les initiatives. Toute initiative sera retenue contre vous, surtout si elle a quelque visée critique, surtout si elle vise à produire du lien social ou du savoir, surtout si elle s’inscrit en faux contre le sens commun des managers et des gestionnaires. La diversité, également, n’est plus supportée : il faut se "regrouper" au sein de "structures" centralisées. C’est le Dogme. Evidemment, une structure centralisée est plus facile à contrôler, au plan idéologique, qu’un réseau d’acteurs libres et indépendants : il y a donc tout un tas de rhétoriciens à la solde des "regroupeurs" de troupeaux qui usent et abusent d’argumentaires prônant la "rationalisation" des pratiques (culturelles, de recherche, d’enseignement, etc.) : un banal processus de concentration est à l’oeuvre, calqué sur le modèle des entreprises aux prises avec la concurrence et qui se "regroupent". Armé de cette clé de lecture, en gros, toute politique publique est limpide en dépit des méandres pseudo-argumentatifs qui recouvrent d’un vernis de "rationalité" des pratiques qui sont d’une grande brutalité et d’une vulgarité à toute épreuve : il s’agit ni plus ni moins que de forcer les acteurs à travailler ensemble, même s’ils n’ont aucun point commun, même si ils savent que les collaborations ne sont pas toujours utiles, même si leur expérience empirique leur a déjà démontré, secteur par secteur, l’inanité de l’idée même de "regroupement".

    Quant aux effets de cette pression au regroupement et au contrôle, ils sont également assez simples : la défiance s’est installée. Nous vivons aujourd’hui dans une espèce de "peur" : peur d’être pris en défaut par nos tutelles, peur de n’être pas à la hauteur (de quoi ? De la concurrence ? Du marché, dernier étalon de nos valeurs ?), peur de l’autre qui pourrait, même s’il est un "frère", nous chipper une part de ce gateau qui s’est tellement rétréci ces derniers temps. Le régime de la concurrence s’installe et instille la défiance, la peur, mais aussi la soumission, la bêtise, et toutes les tares que l’on croyait réservées aux régimes totalitaires qu’ils soient d’extrème droite ou marxistes... cette comparaison n’est pas forcée : il y a du totalitarisme dans le libéralisme qui s’impose aujourd’hui dans les institutions culturelles, de recherche ou d’enseignement. Et il y a fort à parier que dans le champ des musiques actuelles, qui n’est pas encore aussi institutionnalisé que l’université ou les musées, on finira par ressentir bientôt des effets proches, tant les causes sont analogues.

    Ne nous y trompons pas : nous sommes, je le crains, à un tournant anthropologique et politique : soit nous cédons, collectivement, aux injonctions de la "structuration", et alors c’est la mort évidente de tout espoir d’émergence, de toute pensée critique, de toute acceptation des différences (culturelles, interindividuelles, sociales, etc.) soit nous entrons en désobéissance civile partout où ce sera possible.

    Désobéissons !

    +A+





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